—Bravo, la locomotive! s'écria gaîment Philéas; elle file comme un charme! Allons, nous voilà partis pour Blidah, illustre Polyphème... Un temps de chemin de fer et nous y serons!

POLYPHÈME, souriant.—Pas tout à fait, mon cher; il y a la mer à traverser, en outre.

PHILÉAS, dédaigneusement.—Oh! oh! cette mer-là, ce n'est pas grand'chose.

POLYPHÈME.—Comment, pas grand'chose; mais deux jours de bateau sont déjà gentils!

PHILÉAS, incrédule.—Laissez donc! c'est les marins feignants qui veulent faire accroire qu'il faut tout ce temps-là; mais ils ne m'attraperont pas comme ça! et je vous les ferai marcher si rondement qu'en deux heures nous serons rendus à Alger.

POLYPHÈME, riant.—Tiens! au fait! vous me donnez une idée excellente, délicieuse!... Oui, mon ami, vous irez en deux heures (il lui serre la main), c'est moi qui vous le promets! Ce cher Philéas, quel trésor j'ai là, mon Dieu!

PHILÉAS, modestement.—Vous êtes bien bon; je suis trop poli pour vous démentir, d'ailleurs! il est certain que fifi-mimi et moi... (il bâille) nous valons quelque chose... (il bâille) nous ne manquons pas... (il bâille).

POLYPHÈME.—D'envie de dormir, hein?

PHILÉAS.—C'est... aaaaah!... c'est vrai... ce chemin de fer me fait somnoler un peu.

POLYPHÈME.—Ne vous gênez pas, mon cher; dormez.