Un épouvantable rugissement, un véritable tonnerre éclatant à cent pas des promeneurs interrompit Philéas. Au cri du fauve, Sagababa terrifié, mais toujours leste comme un chat, bondit dans un arbre.
Philéas ne pouvait suivre le petit nègre; il se précipita vers un rocher voisin au moment où un lion énorme, l'oeil en feu, la crinière hérissée, se battant les flancs avec sa queue, paraissait à la lisière du bois, rugissant avec fureur!... A cette vue, Saindoux, excité par la peur, devint leste comme Sagababa et grimpa sur un énorme rocher avec une telle rapidité que le fauve, malgré quelques immenses bonds, n'arriva pas à temps pour le saisir...
—Vous mort, beau blanc? cria Sagababa d'une voix lamentable.
—Pas encore, répondit Saindoux d'une voix entrecoupée, mais je crois... que... ça ne tardera...
Il s'interrompit en poussant un nouveau cri de frayeur; le lion venait de bondir contre le rocher et ses énormes griffes avaient presque touché Saindoux.
Philéas, épouvanté, voulut charger son fusil et tirer sur son ennemi; quelle ne fut pas sa consternation en voyant qu'il avait oublié ses cartouches! Il se lamentait tout haut lorsqu'il s'interrompit en se frappant la tête avec joie.
—Vous fou, beau blanc? cria Sagababa effrayé, du haut de son arbre.
—Moi homme de génie, petit bêtat, répondit Philéas avec orgueil. Tu ne veux pas te taire, toi, le rugisseur? Braille, va, scélérat! tu ne t'attends pas à mon invention...
En disant ces mots, il détacha de son dos la cage où se trouvait fifi-mimi.
—Brave armurier! reprit-il en examinant avec satisfaction les barreaux d'acier; il a fait la chose en conscience! Allons, fifi-mimi, sors de là, mon cher. Viens! (Il le pose sur sa tête.) Tiens-toi bien et ne dégringole pas, ou tu es perdu!