Le lion rugit...
PHILÉAS.—Je suis prêt, mon brave. Allons, saute par ici. (Il met la cage au bout de son fusil et l'y fixe.) Y es-tu? Xi... Xi... au chat!... au chat!... pschit....
Le fauve, exaspéré par les cris de Saindoux, s'élança de plus belle contre le rocher. Philéas se tenait sur ses gardes, et au moment où la bête féroce atteignait presque le gros chasseur, il lui plongea habilement la cage au fond de la gueule et retira prestement son fusil.
—Bravo, beau blanc! hurla Sagababa.
—Ah! la bonne farce! criait Saindoux en gambadant sur son rocher! Est-ce amusant! bon, il s'étrangle... Ah! ah! il veut mâcher les barreaux... Oh! oh! il tousse, il crache, il se roule en se grattant la gueule avec ses pattes! Je ris trop, j'en ai un point de côté! en voilà, une comédie... Va-t-il être content, M. le Vicomte, quand je lui raconterai cette histoire-là! N'y a pas à dire, je suis un grand homme... Enfoncé, Jules Gérard! Il n'aurait jamais inventé cette façon de tuerie. Il ne bouge plus, mon lion? Non, le voilà qui fait dodo pour toujours. Hé!... Sagababa, descendons, mon cher, allons avertir...
CHAPITRE X
CHASSE A LA LIONNE
—Pas bouger, beau blanc! cria Sagababa. Lionne arrive venger mari.
Philéas, furieux.—Hein? encore? sac à papier! quel fichu pays... et moi qui l'admirais! j'aime mieux les puces, décidément; elles ont beau dévorer, on vit tout de même... brrrou! (Il frissonne.) Comme elle rugit, cette sale bête! quels poumons! Dieu! qu'elle est grosse... Holà! elle me voit, elle va sauter contre le rocher. Que faire, grand Dieu? Si je r'avais ma cage, ma bonne cage! un couteau, au moins! un cou... Oh! sauvé, je suis sauvé!