POLYPHÈME, éclatant de rire.—Délicieux! continue, petit.

SAGABABA.—Lionne danser, avaler alcali, mâcher verre et faire «couic!» comme lion, voilà.

POLYPHÈME.—Mais c'est magnifique, ça, Saindoux, vous valez votre pesant d'or, mon ami! Voilà une manière tout à fait à part de tuer les lions! Gérard n'y avait pas encore pensé.

PHILÉAS.—Pour du mérite j'en ai, mais je vous avoue, mon bon Tueur, que je suis impatient d'organiser avec vous le transport de mes lions à Blidah. Faisons ça vite! il me tarde d'envoyer leurs dépouilles à M. le Vicomte.

On partit promptement avec des mulets qui devaient porter les corps des bêtes féroces; une multitude d'Arabes escortaient Polyphème et Philéas, se faisant raconter par ce dernier ce qui venait d'arriver; Saindoux rayonnait! ses grosses joues se gonflaient avec bonheur, sa démarche était majestueuse et cet air de dignité ravissait Polyphème.

Quand on arriva près des fauves morts, les coups de fusils éclatèrent; des centaines de voix faisaient l'éloge de Philéas. On mesura le lion avant de le hisser péniblement sur deux mulets. Il était grand comme un poulain; ses dents étaient plus longues que le doigt le plus grand de Philéas, et sa tête énorme était si lourde qu'un homme ne pouvait la soulever; un collier de cheval était trop étroit pour son poitrail. C'était une magnifique bête. La lionne était grosse à proportion.

On chargea chaque bête féroce sur deux mulets attachés côte à côte et le retour à Blidah s'organisa au milieu des vivats et des coups de feu.

CHAPITRE XI

«MAÎTRE A MOI!»