C'était une auberge! Les voyageurs purent enfin se rassasier et se reposer. Une bonne nuit les consola de leurs mésaventures et le lendemain, munis d'un guide, ils entreprenaient courageusement l'ascension du mont Jolly, entreprise qui va être racontée dans le chapitre suivant.
CHAPITRE XVI
L'ASCENSION
—Je suis encore plus éreinté qu'hier! s'écriait après quatre lieues de marche ascendante le gros Philéas tout haletant; et vous, cher Tueur?
POLYPHÈME.—Je le suis raisonnablement. Un être à part, c'est ce polisson de Sagababa; regardez-le grimper! il est fait pour cela.
Et en disant ces mots, le jeune homme contemplait avec envie le petit nègre qui bondissait comme une balle élastique devant la caravane.
L'éloge de Polyphème redoubla son ardeur. Il voulut faire une culbute; mais cet exploit ne s'accomplit pas sans émotion. Il retomba sur le côté et roula sur Philéas... Celui-ci trébucha sur Polyphème, lequel se raccrocha au guide... Si ce dernier n'avait pas eu la présence d'esprit de s'arcbouter sur son bâton ferré, il y aurait eu des malheurs à déplorer. Grâce à lui, tout se réduisit à quelques bosses et à plusieurs bleus. Philéas ne perdit pas cette occasion de tancer vertement Sagababa.
—Quelle est cette façon de rouler sur votre maître? s'écria-t-il; au lieu de m'approcher avec une précaution respectueuse, vous meurtrissez l'objet de votre vénération, petit drôle!
A cela, Sagababa ne répondit qu'en se grattant l'oreille d'un air penaud.
Enfin, après de nombreux efforts, les touristes arrivèrent au sommet de la célèbre montagne. Mais là, leur désappointement fut complet; ils ne voyaient rien... D'épais brouillards les enveloppaient et dérobaient à leurs yeux toute apparence de vue!