Mais il n'est si bonne occupation qui ne doive finir. Le repas achevé, Philéas, cédant à la fatigue, s'endormit après avoir (pour se mettre à l'aise, disait-il) ôté ses guêtres, ses souliers et ses bas; il resta jambes nues, malgré les observations du guide et les plaisanteries de Polyphème. Ce dernier fut bientôt absorbé par une esquisse de la vue superbe qui s'offrait à lui; le guide et Sagababa causaient entre eux.
Au bout d'une heure de sieste Saindoux se réveilla brusquement en poussant une exclamation douloureuse. Polyphème se retourna.
—Qu'y a-t-il donc? demanda-t-il.
Philéas geignait en se frottant le mollet gauche extrêmement enflé.
—En voilà une catastrophe! soupirait-il. On dit que le bien vient en dormant... Regardez un peu si c'est vrai pour moi? Ce n'est plus une jambe que j'ai là, c'est une colonne! un pied d'éléphant... et ça me cuit partout!
Polyphème examina le mollet malade.
—Vous avez attrapé là un fameux coup de soleil, répondit-il au dolent Philéas. La difficulté à présent, c'est de descendre la montagne. Guide, donnez-moi donc le restant de la crême. Beurrez-vous la partie malade avec cela, Saindoux; cela ne peut manquer de vous faire grand bien.
—Quel dommage! observait Philéas tout en se frictionnant la jambe, de gaspiller comme cela cette admirable crème! J'en aurais encore mangé avec tant de plaisir!
POLYPHÈME, riant.—Votre jambe l'absorbe pour vous.