L’Ermite épiait cette émotion naissante,
Oppressé d’un sentiment pareil:
«Et d’où viennent, malheureux jeune homme, cria-t-il,
Les chagrins de ton cœur?
«Chassé de demeures plus heureuses,
Es-tu donc errant malgré toi?
T’affliges-tu pour une amitié sans retour,
Ou pour un amour dédaigné?
«Hélas! les joies que la fortune apporte
Sont frivoles et caduques;
Et ceux qui prisent ces pauvretés,
Plus frivoles qu’elles encore.
«Et l’amitié qu’est-elle, qu’un nom,
Un charme qui berce et endort,
Une ombre qui suit la richesse ou la renommée,
Mais qui laisse le misérable à ses pleurs?
«Et l’amour est encore un son plus vide,
Le jouet de nos beautés du jour,
Invisible sur terre, ou ne s’y trouvant
Que pour réchauffer le nid de la tourterelle.
«Fi! tendre jeune homme, fais taire ta douleur,
Et méprise ce sexe», dit-il.
Mais tandis qu’il parle, une rougeur montante
A trahi son hôte éperdu d’amour.
Surpris, il voit de nouvelles beautés naître,
Parure soudaine qui s’étale aux yeux,
Semblable aux couleurs du ciel au matin,
Non moins brillante, non moins passagère aussi.
Le regard timide, le sein qui se soulève
Tour à tour éveillent ses alarmes:
L’aimable étranger est, de son aveu même, reconnu
Pour une jeune fille dans tous ses charmes.
«Ah! oui; pardonnez à l’étrangère indiscrète,
A la misérable abandonnée, s’écria-t-elle,
A l’importune, dont les pieds impies pénètrent ainsi
Là où le ciel demeure avec vous.