—Mon cher monsieur, répondit l’autre, ce n’est pas votre figure, ce sont vos bas blancs et le ruban noir de vos cheveux qui m’ont tenté. Mais, sans rabaisser votre intelligence, j’en ai dupé de plus sages que vous, de mon temps; et pourtant, malgré tous mes tours, les sots ont fini par être trop nombreux pour moi.

—Je suppose, s’écria mon fils, que le récit d’une vie comme la vôtre doit être extrêmement instructif et amusant.

—Ni l’un ni l’autre, répondit M. Jenkinson. Les écrits qui ne dépeignent que les supercheries et les vices du genre humain entravent notre réussite en augmentant nos soupçons dans la vie. Le voyageur qui se défie de chaque personne qu’il rencontre et tourne le dos à l’aspect de tout homme qui a l’air d’un voleur arrive rarement à temps à la fin de son voyage.

«Vraiment je crois, par ma propre expérience, qu’il n’y a pas d’individu plus idiot sous le soleil qu’un homme habile. On me trouvait rusé dès ma petite enfance. Je n’avais que sept ans, que les dames déclaraient que j’étais un petit homme accompli; à quatorze ans, je connaissais le monde, je portais mon chapeau sur l’oreille et j’aimais les dames; à vingt, bien que je fusse parfaitement honnête, tout le monde me croyait si rusé que personne ne voulait se fier à moi. C’est ainsi qu’à la fin je fus obligé de devenir un aigre-fin pour ma défense personnelle, et que j’ai toujours vécu depuis, la tête toute gonflée et agitée de plans pour faire des dupes, et le cœur palpitant de la crainte d’être découvert. Je riais souvent de votre honnête et simple voisin, Flamborough, et d’une façon ou de l’autre je le filoutais généralement une fois par année. Eh bien, l’honnête homme n’en a pas moins continué à marcher sans méfiance et est devenu riche, tandis que moi, je continuais à être malin et rusé, et que j’étais pauvre sans le soulagement d’être honnête. Mais, ajouta-t-il, faites-moi connaître votre cas et ce qui vous a amené ici; peut-être, tout en n’ayant pas l’adresse d’éviter la prison moi-même, pourrai-je en tirer mes amis.»

Pour satisfaire à sa curiosité, je lui appris toute la suite d’accidents et de fautes qui m’avaient plongé dans mes ennuis présents, et ma complète impuissance à me libérer.

Après avoir écouté mon histoire et être resté silencieux quelques minutes, il se frappa le front comme s’il avait trouvé quelque chose d’important, et prit congé en disant qu’il allait voir ce qu’on pouvait faire.


CHAPITRE XXVII

Continuation du même sujet.