Lorsque j’eus conclu, je reçus les compliments de mon auditoire; quelques-uns vinrent me serrer la main, jurant que j’étais un très honnête garçon et qu’ils désiraient faire plus ample connaissance. Je leur promis conséquemment de reprendre ma harangue le lendemain, et je conçus réellement quelque espoir d’opérer une réforme. J’avais toujours eu pour opinion, en effet, qu’il n’est pas d’homme qui ait passé l’heure de l’amendement, tous les cœurs étant accessibles aux traits de la réprimande si seulement l’archer sait viser juste où il faut.
Lorsque j’eus ainsi satisfait mon désir, je retournai à ma chambre, où ma femme préparait un frugal repas. Cependant M. Jenkinson pria qu’on lui permît d’ajouter son dîner au nôtre, et de jouir—comme il fut assez bon pour le dire en termes exprès—du plaisir de ma conversation. Il n’avait pas encore vu les membres de ma famille, car ils venaient à ma chambre par une porte donnant sur l’étroit corridor décrit plus haut, et évitaient ainsi la prison commune. Aussi, à la première rencontre, Jenkinson ne parut pas peu frappé de la beauté de ma plus jeune fille, que son air pensif contribuait encore à rehausser, et mes petits garçons ne passèrent pas non plus inaperçus.
«Hélas! docteur, s’écria-t-il, ces enfants sont trop bons et trop beaux pour un endroit comme celui-ci!
—Eh! monsieur Jenkinson, répliquai-je, grâce au ciel, mes enfants ont une éducation morale passable, et s’ils sont bons, le reste importe peu.
—J’imagine, monsieur, reprit mon compagnon de prison, que cela doit vous donner une grande consolation d’avoir cette petite famille autour de vous?
—Une consolation, monsieur Jenkinson! répondis-je. Oui, c’est vraiment une consolation, et je ne voudrais pas être privé d’eux pour tout au monde, car d’un cachot ils peuvent faire un palais. Il n’y a qu’une manière en cette vie d’atteindre mon bonheur, ce serait de leur faire du mal.
—Je crains alors, monsieur, s’écria-t-il, d’être en quelque façon coupable; car je crois que je vois ici—il regardait mon fils Moïse—quelqu’un à qui j’ai fait du mal, et dont je désire le pardon.»
Mon fils se rappela immédiatement sa voix et ses traits quoiqu’il l’eût vu auparavant déguisé, et, lui prenant la main, il lui pardonna en souriant. «Cependant, ajouta-t-il, je ne peux m’empêcher de vous demander ce que vous avez pu voir dans ma figure, pour croire que je ferais une bonne cible à duperies.