—Ma chère bonne dame, répondit-il avec un sourire, si vous avez eu votre plaisanterie, j’ai eu ma réponse; je laisserai à juger à toute la compagnie si la mienne n’était pas aussi bonne que la vôtre. A dire la vérité, je ne sais personne contre qui je sois disposé à avoir de la colère à présent, sauf l’individu qui a tellement épouvanté ma petite fillette ici. Je n’ai même pas eu le temps d’examiner assez l’extérieur du coquin pour afficher son signalement. Pouvez-vous me dire, Sophia, ma chérie, si vous le reconnaîtriez?
—Vraiment, monsieur, répliqua-t-elle, je ne saurais l’affirmer; cependant je me rappelle maintenant qu’il avait une large marque au-dessus d’un des sourcils.—Je vous demande pardon, mademoiselle, interrompit Jenkinson, qui était présent; mais soyez assez bonne pour me dire si l’individu montrait ses propres cheveux rouges.—Oui, certes, dit Sophia.—Et Votre Honneur, continua-t-il en se tournant vers sir William, a-t-il observé la longueur de ses jambes?—Je ne saurais être sûr de leur longueur, s’écria le baronnet, mais je suis convaincu de leur vitesse; car il m’a laissé en arrière, chose que je croyais peu d’hommes capables de faire dans le royaume.—Avec la permission de Votre Honneur, s’écria Jenkinson, je connais l’homme. C’est certainement lui; le meilleur coureur de l’Angleterre: il a battu Pinwire, de Newcastle. Son nom est Timothy Baxter; je le connais parfaitement, et aussi le lieu précis où il s’est retiré pour le moment. Si Votre Honneur veut ordonner à M. le geôlier de laisser deux de ses hommes venir avec moi, je m’engage à le produire devant vous dans une heure au plus.» Là-dessus on appela le geôlier, qui apparut immédiatement, et sir William lui demanda s’il le connaissait.—Oui, s’il plaît à Votre Honneur, répliqua le geôlier, je connais bien sir William Thornhill, et quiconque connaît quelque chose de lui désire en connaître davantage.—Eh bien, alors, dit le baronnet, ma demande est que vous permettiez à cet homme et à deux de vos aides d’aller s’acquitter d’un message par mon ordre, et comme je fais partie de la commission des juges de paix, je m’engage à vous garantir.—Votre promesse suffit, répliqua l’autre, et vous pouvez d’une minute à l’autre les envoyer à travers l’Angleterre partout où Votre Honneur le juge bon.»
En conséquence du consentement du geôlier, Jenkinson fut dépêché à la recherche de Timothy Baxter, pendant que nous nous amusions des amitiés de notre plus jeune garçon, Bill, qui venait d’entrer et qui grimpait au cou de sir William pour l’embrasser. Sa mère allait immédiatement châtier sa familiarité, mais le digne homme l’en empêcha et prenant sur ses genoux l’enfant, tout en haillons qu’il était: «Eh quoi! Bill, mon fripon joufflu, s’écria-t-il, vous rappelez-vous votre vieil ami Burchell? Et vous, Dick, mon bon vieux camarade, êtes-vous ici? Vous verrez que je ne vous ai pas oubliés.» Ce disant, il leur donna à chacun un gros morceau de pain d’épices, que les pauvres diables mangèrent de grand appétit, car ils n’avaient eu ce matin-là qu’un déjeuner très succinct.
Nous nous mîmes alors à table; le dîner était presque froid. Mais auparavant, comme mon bras était toujours douloureux, sir William écrivit une ordonnance, car il avait étudié la médecine pour se distraire, et il était dans cet art d’une habileté au-dessus de la moyenne. On l’envoya à un apothicaire qui demeurait dans la localité; mon bras fut pansé, et je sentis un soulagement presque immédiat. Nous fûmes servis à table par le geôlier lui-même, qui tenait à rendre à notre hôte tous les honneurs en son pouvoir. Nous n’avions pas encore tout à fait fini, lorsqu’on apporta un autre message de la part de son neveu, demandant la permission de paraître pour établir son innocence et son honneur. Le baronnet consentit à la requête et demanda qu’on introduisît M. Thornhill.