Or les Doudous assurent qu’aucun ne s’avança. Le mépris de la chair nègre l’emporta sur la vanité d’avoir forniqué avec une princesse. A Madagascar jadis, et pour une fille beaucoup moins belle, un officier général pensa différemment. Bref, après des semaines d’attente, les filles de Béhanzin se découragèrent. Elles durent organiser quelques divertissements dans l’intimité de la famille, et enfin, depuis l’introduction jusqu’à la fin, recommencèrent l’épisode des filles de Loth.

D’ailleurs, après gorges chaudes sur cette vaine recherche d’un mâle, la Martinique ne songeait point à s’effaroucher ni à s’étonner des autres ébats entre les jeunes princesses. Et cette fois, dans le terme de la Martinique, il faut comprendre davantage que la catégorie des Doudous pour navires et passagers. Le saphisme naquit sans doute en d’autres îles que Lesbos. On peut ici l’observer, quelque paradoxe ce semble, avec la gravité d’un étymologiste en voyage de documentation.

Loin de considérer le fait comme un mal déplorable ! Les mères les plus franches, de causerie loyale et avertie par toute cette terre chaude, décrètent tranquillement la chose d’utilité publique. A sa pratique ne se mêle pas la grivoiserie vicieuse, plus que la honte ne se confondait avec la nudité de l’Anadyomène.

Même l’élégante explication d’art tomberait à faux, essayant d’apporter l’excuse qui proclame : « Tout ce que vous faites, vous, femmes, est délicieux. » La vérité est que la puberté des filles créoles se déchaîne plus irrésistible encore que celle de leurs sœurs continentales.

Alors, avec une belle audace, les mamans sans hypocrisie favorisent une solution qui préserve la race des vices solitaires, et surtout qui diffère la victoire sans garanties du mâle, le plus longtemps possible. Ainsi se créent des couples de « Z’Amies », comme ailleurs, comme partout, mais sur ce sol, encore un coup, sinon affichés, du moins aussi largement tolérés, dirigés que des fredaines de jeunes hommes, sans que des unes comme des autres il convienne de causer au salon.

Les résultats cherchés sont-ils acquis ? Ce serait fatuité et imprudence d’en discuter. Sans sourire on peut presque affirmer que l’effort est louable, et que toutes assument avec conviction la tâche de démentir le prêtre maladroit dont un sermon, assez récent, débuta par cet exorde. « Mes sœurs, nous célébrons aujourd’hui l’office de sainte Rose de Lima, vierge quoique créole ».

Le culte de la chasteté est célébré dans ces Antilles suivant les mêmes rites que le catholicisme ordonnance partout, indifférent aux latitudes. La terre est chaude, mais les chairs s’efforcent de ne s’harmoniser point avec elle. Les créoles ne sont ni blanches ni noires. Leurs désirs ne sont pas tout à fait primitifs, ni tout à fait civilisés. On est loin des îles voluptueuses du Pacifique, loin de l’abandon au spasme et à la lumière. Ainsi que par dessus le septentrion froid et cérébral, la Vierge aux lèvres scellées se dresse pour commander la voie à des théories d’adolescentes. Et celles-ci, soumises, se souviennent que la Maria divinement authentique, fut noire.

Par les allées, elles vont, côtoyant la Savane, enfants de Marie, dont le symbole de blancheur raille étrangement la chair chocolat. Deux par deux elles balancent leurs pas entre l’Eglise et la maison de sainteté, deux par deux, comme défilent les pensionnaires dans les villes de France. Impuissance des disciplines ! Voici que l’expérience des mamans avisées se confirme sur le troupeau des adolescentes enrégimentées ; voici que les chastes couples ne sont plus que des accouplements…

Des Blanches.

On secoue l’impression mauvaise, trop souvent heurtée. Les Doudous, les z’amies, blanchisseuses rebondies et adolescentes mûries, est-ce là le résumé de la volupté languide qu’on imaginerait ? Où donc trouver la chair mate de créole blanche, lassée des gestes de la vie banale, mais lassée parce que ses gestes, elle les a multipliés et splendidement dépensés dans la besogne d’amour ?