Puis, on entre, pour se reposer ou pour boire, dans des cases. La nuit claire descend du toit ; quelle que soit l’heure, toute la famille s’éveille, vous entoure, apporte les cocos frais, et attend indéfiniment qu’il vous plaise de sortir. Des sourires vous détendent ; une case est catholique, une autre wesleyenne, la troisième tongienne.
Partout même accueil, partout même désir. Et quand on demande à une aïeule le droit de poser sa bouche sur la bouche d’une jeune fille, avant de partir, elle accorde et rit, étonnée, femme d’une terre où la langue n’a point de mot pour traduire baiser.
Wallis.
Dans la salle de classe à la case des Sœurs enseignantes, une fille de douze ans cause avec la religieuse. C’est une grande, une de celles que l’on peut à grand’peine jusqu’à cet âge faire rentrer au dortoir, dès neuf heures le soir, loin des hommes du village.
La fille. — Il y a longtemps que tu n’as vu le prêtre de Vâo ?
La religieuse. — Oui, pourquoi ?
La fille. — Tu dois être bien gênée.
La religieuse. — ? ?
La fille. — Le grand bon Dieu a bien fait de mettre dans l’île en même temps que toi un homme de ceux que tu peux avoir dans ton lit, n’est-ce pas ? Mais tu feras bien de lui en commander un autre, car le père de Vâo est déjà vieux.
La religieuse. — Veux-tu te taire, malheureuse ! Que dis-tu ! Ne te souviens-tu pas que tu me vois toujours seule au dortoir ?