La fille (très calme). — Sûrement ! mais je pense que ton corps n’est pas fabriqué pour les hommes d’ici, et que seul le père Vâo peut lui donner la caresse.

La religieuse. — Mon enfant, je vous en prie, taisez ces vilaines choses ; récitez la prière que je vous ai apprise.

La fille (têtue). — Le grand bon Dieu a envoyé les hommes noirs (les prêtres) parce qu’il y a les femmes blanches (les sœurs).

La religieuse. — Mon Dieu !

La fille (docile). — « O Vierge immaculée, daignez, etc… »

Au dehors, le rivage est proche. Le corail blanchit dans la mer saphirine. Le crépuscule bref se fond en tiédeurs, et les pêcheurs de nacre chantent vers l’Istar malaise.

Sydney.

« What do you think about our beautiful harbour ? » La question sort aussi naturellement qu’un bonjour des lèvres de tous les hôtes, de tous les amis de passage, même des voisins de tramway qui devinent l’étranger. Eh ! oui, la rade est extraordimaire, formée, après un goulet qui lèche des falaises, d’innombrables baies distinctes, cases successives disposées, semble-t-il, pour remplir d’itinéraires un mois d’excursion. Mais à quoi bon s’arrêter à cette joliesse ? Un peu Fort-de-France, un peu Diégo, beaucoup Nagasaki, et voilà l’aquarelle linéée et teintée.

Le « beautiful harbour » n’échappe pas plus que n’importe quel rivage du monde à l’inquiétude vicieuse des errants, l’interrogation irritante : « A quoi cela ressemble-t-il ? »

Ce qu’il y a de curieux, de quelque peu nouveau, c’est le faubourg énorme Wolloomoloo découvert à un détour de cap et dont la masse des maisons alors donne l’illusion, se chevauchant, d’un troupeau qui serait descendu boire et qu’on effraierait. Wolloomoloo plein de matelots, avec ses quais bordés de quatre-mâts qui regorgent de laines, est le royaume des filles à pirates et baleiniers.