Quant à la maniere intérieure qui consiste dans l'attention & la dévotion.

Il faut remarquer que comme dit très-bien S. Thomas, 22. q. 85. a. 13.

Il y a trois sortes d'attentions, sçavoir aux paroles, à leur sens, à la fin de l'Oraison qui est Dieu, & aux choses que l'on demande.

Quant à l'attention aux paroles, comme il est necessaire que chacune y soit si attentive, qu'elle n'y fasse point de fautes, de même il est bon de les dire conjointement de la bouche & du cœur.

Quant à la seconde attention qui consiste à être attentive au sens des paroles; quoique toutes ne puissent pas avoir cette intelligence, cependant selon que chacune sera capable d'entendre le sens; elle fera ce qui lui sera possible, pour exciter en elle les affections d'adorations, de loüanges, d'action de graces, de douleur de ses pechés, de crainte, d'amour, de confiance & les autres, que les paroles des Pseaumes nous presentent.

Celle qui n'aura pas cette capacité puisque la force de l'oraison ne consiste pas à entendre le sens des paroles, mais dans la bonté de Dieu, & dans l'institution de la sainte Eglise: elle pourra s'imaginer qu'elle est semblable à une personne simple & grossiere, qui presente à un Prince une Requête bien composée, récitant son Office posément, simplement & humblement, avec l'intention de demander à Dieu les choses qui nous sont signifiées dans cet office par les paroles de Dieu même & de la sainte Eglise; & ainsi par ce moyen facile elle sera attentive à Dieu & à la priere, à quoi sera trés-utile l'oraison que nous dirons avant Matines.

Pour une plus grande intelligence de l'attention à la fin de l'oraison, qui consiste en deux parties, sçavoir à être attentive à Dieu, & aux choses que l'on demande, il est à propos de remarquer ce que dit le Cardinal Caietan sur St Thomas.

Premierement, que quant à ce qui est de l'élevation de l'esprit en Dieu, lorsqu'une personne durant tout le cours de l'Office occuperoit son esprit à la contemplation de Dieu & de ces perfections comme la puissance, la sagesse, la bonté, & exciteroit ces affections sur ces sujets, elle y satisferoit trés-bien.

2. Comm'elle le feroit aussi si en récitant l'Office elle étoit attentive à la Passion de Notre-Seigneur, & à produire ses affections envers cette Passion, parce que elle s'attacheroit à un meilleur moyen pour s'élever à la Divinité, que n'est celui d'être attentive au sens des paroles.

A ce qui est dit ci-dessus, j'ajoute la pratique de quelques-uns qui me semble bonne, qui est de dire les Pseaumes en considerant tantôt une effusion de sang, tantôt une autre, ou bien une playe, & puis une autre, avec intention que par les merites de cette playe, ou de cette effusion de sang, Notre-Seigneur nous accorde les graces que nous lui demandons par ce Psalme, & celles qui ont été demandées dans l'oraison pour preparation à l'Office.