Si la Mere s'apercevoit que quelque Sœur eût affection desordonnée à quelque chose, qu'elle l'en prive incontinent, ou la lui change en une autre, procurant le plus qu'elle pourra de tenir les cœurs de ses Religieuses détachés des choses temporelles.

Du lieu pour travailler.

Chapitre V.

Il y aura un endroit commode pour le travail, auquel toutes les Sœurs qui seront saines, & sans occupation, se rendront selon l'ordre de la Prieure, pour y travailler au profit commun des Sœurs, & du Monastere, & non pour leur gain particulier.

Lorsqu'elles travailleront ainsi, une d'entr'elles lira tout haut quelque Livre spirituel aussi long-tems qu'il semblera bon à la Prieure, afin d'éviter les paroles inutiles, & d'occuper l'esprit de quelque nourriture spirituelle. Dans ce même tems on ne dira point l'Office de Notre-Dame, ni autre chose qui soit d'obligation; mais on pourra chanter dévotement quelques Cantiques spirituels, avec la permission de la Mere.

L'on ne fera aucunes pâtes ou autres confitures, soit pour donner, ou pour vendre, ni pour parens, ni pour autres.

L'on n'empesera aucun linge, excepté les corporaux & choses semblables de notre Eglise seulement; & ceux, qui selon notre institut, seront donnés aux pauvres Eglises.

Mais tout le tems qui restera des dévotions, & des ouvrages nécessaires pour la Maison, sera employé à faire quelque ouvrage honnête, & qui occupe peu l'esprit, que l'on procurera de faire pour des personnes qui n'incommoderont le Monastere en fréquentant trop le tour.

Et sur-tout l'on prendra garde de ne blanchir aucuns linges, ni d'empeser les chemises ou collets, ni de faire des ouvrages de vanité. Mais quand le Monastere pour être suffisamment accommodé n'auroit à faire de semblable gain, nous voulons qu'en ce cas les Sœurs à l'imitation de sainte Claire s'occupent à filler du fin fil pour faire des corporaux, & des Purificatoires, qui seront distribués par les mains de l'Ordinaire aux pauvres Eglises, principalement à celles des Montagnes, à l'honneur du très-St Sacrement, ce qui servira aux Sœurs d'un motif pour les faire travailler plus volontiers.

Et afin d'aider plus facilement ces pauvres Eglises, & de témoigner notre pauvreté & notre modestie en toutes choses, nous n'usagerons dans notre Eglise des tapisseries, ni des paremens pour l'Autel, ou pour le Prêtre pour les Offices Divins, ou pour le Daix, qui soient d'étoffes d'or, d'argent, ou de soye, excepté le pavillon du Tabernacle qui sera de soye; nous ne nous servirons point de chandeliers, de lampes, ni d'encensoirs d'argent; & encore au linge de l'Eglise, on ne fera point de descoupure de grand prix, parce qu'employant le tems à cela, ce seroit un empêchement de pouvoir secourir les pauvres Eglises de corporaux & de Purificatoires, comm'il a été dit ci-dessus, ce qui par conséquent tendroit à la ruine de cette sainte œuvre, laquelle nous voulons être propre & singuliere à notre institut, d'autant plus que c'est une grande charité, & rendre un signalé service à Notre-Seigneur, de négliger ainsi le soin de nous mêmes, & de notre propre Eglise, pour aider les autres qui en ont plus grand besoin, comme étant tout-à-fait dépourvûës, & parce qu'il pourroit arriver que quelques personnes portées d'une dévotion particuliere envers notre Monastere, voudroient donner quelques ornemens pour le service de l'Eglise, plus précieux que ceux de la sorte dont il a été parlé, & contraire à notre Régle, nous déclarons qu'ils ne pourront être acceptés en quelque façon que ce soit, pour plusieurs conséquences que cela entraîneroit avec soi, contraire à notre institut, encore moins pourrons-nous tenir dans l'Eglise & dans le Monastere, des statuës qui soient revêtuës d'étoffe de soye, d'or ou d'argent, si ce n'est seulement quelque couronne d'argent sur la tête de la bienheureuse Vierge, ou de l'Enfant Jesus, ou bien quelque autre petite chose, pourvû qu'elle ne soit pas de grande valeur.