Du vœu de Chasteté.

Chapitre VI.

Ce qui concerne le vœu de chasteté, n'a pas besoin de longue explication, puisqu'il est assez évident à tous avec combien de délicatesse & de perfection il doit être observé, étant nécessaire d'imiter de toutes nos forces la pureté des Anges, par celle du corps & de l'ame. Et comme cette vertu peut être endommagée, tant par la conversation extérieure avec les personnes du déhors, que par l'intérieure avec les Sœurs; aussi est-il nécessaire d'avoir l'œil, principalement à deux choses, l'une est la parfaite clôture du Monastére, l'autre est la modeste conversation entre les Religieuses.

De la Clôture.

Chapitre VII.

Nous ne laisserons entrer aucune personne dans l'enclos de notre Monastere, si ce n'est quand la nécessité nous y contraindra, & alors ce sera avec permission expresse par écrit de l'Ordinaire, comme l'ordonne le sacré Concile de Trente.

Nous n'y recevrons point d'oiseaux, ou autres animaux de plaisir, & encore moins de petits chiens, ni aucuns instrumens de musique.

Nous n'aurons aucune terrasse découverte au dessus de nos toits, parce qu'une des principales fins pour lesquelles ce Monastére est érigé, a été pour y recevoir des filles qui désirent d'éviter la fréquentation des étrangers autant qu'il sera possible, & de ne se laisser jamais voir de leur parens, ni d'autres personnes pour l'amour de leur Créateur & souverain Seigneur, lequel étant dans le sein du Pere Eternel est descendu du Ciel pour racheter leurs ames par son sang précieux, afin de les rendre ses épouses, puisqu'il a dit dans St Luc, chap. 14. Si quis venit ad me, & non odit patrem suum & matrem suam, & uxorem, & filios, & fratres, & sorores, adhuc autem, & animam suam, non potest meus esse discipulus. C'est-à-dire, si quelqu'un vient à moi, & ne haït son pere, & sa mere, sa femme, ses enfans, ses freres & ses sœurs, & même jusqu'à son ame, il ne peut être mon disciple, & de plus dans St Mathieu chap. 10. il dit à ses Disciples. Nolite arbitrari quia venerim pacem mittere in terram, non veni pacem mittere sed gladium: veni enim separare hominem adversus patrem suum, & filiam adversus matrem suam, & nurum adversus socrum suam, & inimici hominis domestici ejus. C'est-à-dire: ne pensez pas que je fois venu aporter la paix sur la terre, non je ne suis pas venu mettre la paix, mais le glaive, puisque je suis venu séparer l'homme d'avec son pere, la fille d'avec sa mere, la belle fille d'avec sa belle-mere; car les ennemis de l'homme sont ses domestiques. Et Jesus-Christ étant âgé de 12. ans demeura dans le Temple sans la permission de sa très-sainte Mere, quoiqu'il sçût qu'elle le devoit chercher avec une grande douleur, & lorsqu'elle l'eut trouvé, il lui répondit: Quid est quod me quærebatis? nesciebatis quia in his quæ Patris mei sunt oportet me esse? C'est-à-dire, qu'aviés-vous à faire de me chercher? ne sçaviés-vous pas qu'il faut que je m'employe en ce qui regarde mon Pere? une autrefois il répondit à un Disciple qui lui demandoit permission d'aller enterrer son pere: dimitte mortuos sepelire mortuos suos: laisse aux morts le soin d'enterrer leurs morts. Toutes ces paroles de Notre-Seigneur ne tendent qu'à nous montrer combien il agrée que les personnes Religieuses soient parfaitement détachées de leurs parens, afin qu'elles placent en lui toutes les affections de leur cœur, se contentant d'aimer leurs parens avec le seul amour, que la charité bien ordonnée le demande.

Pour les raisons ci-dessus alléguées, & encore pour honorer la bien-heureuse Vierge notre Mere & Protectrice, laquelle à notre occasion voulut bien être tant de fois privée de la douce vûë de son très-cher fils, & pour s'adonner avec plus de ferveur à la dévotion, à laquelle la fréquentation des grilles est si fort contraire. Et encore pour le grand bien spirituel des parens, on désire que toutes les filles qui entreront dans ce Monastére ayent cet esprit, & qu'elles y entrent arec un grand empressement & inclination à donner ce contentement à Dieu, leur Redempteur, leur Seigneur, & leur Epoux Jesus-Christ, qui goûta le fiel, & la mort pour elles: & cette satisfaction à la Mere de Dieu, Reine des Cieux, leur Avocate & Maîtresse, avec cet acte si magnifique de ne jamais se laisser voir, ni voir elles-mêmes autant qu'il dépendra d'elles.

Mais parce que d'autre part plusieurs des parens qui doivent donner la dot aux Religieuses, n'ont pas tant de perfection que de se priver entierement de la vûë de leurs filles, & pourroient facilement empêcher leur vocation, en les plaçant en d'autres Monastéres. Pour cette cause, regardant toujours à la plus grande gloire de Dieu, & que les filles ne soient point entierement privées de ce qui résulte d'un si saint désir, & notre Dieu de tant d'honneur, afin de donner aussi quelque contentement aux parens, il est déterminé que les Religieuses de ce Monastére ne pourront parler à leurs peres, à leurs meres, ni à d'autres personnes, qu'une fois en deux mois: aux hommes qui seront parens au premier degré seulement, & aux femmes au premier & second degré, de sorte qu'elles ne pourront aller aux grilles par raport à leurs parens, plus de six fois l'année; que s'il y avoit quelque Religieuse qui n'eût point de parens aux degrés ci-dessus spécifiés, & qu'au lieu de tels parens, elle eût choisi quelque oncle ou quelque tante, elle pourra joüir du privilége de lui parler, comme il a été dit ci-devant.