Chapitre XVI.

Et parce que les infirmités spirituelles sont de deux sortes; les unes qui paroissent à l'extérieur, & se font connoître, non-seulement à la Mere, mais aussi aux autres Sœurs, comme d'être colére, impatiente, vindicative, lente à obéïr, rude en paroles, sujette à murmurer, & autres semblables défauts.

Les autres infirmités cachées dans les cœurs des Sœurs, sont d'être variables, d'avoir de mauvaises inclinations, des tentations, & autres dangers de l'ame.

Quant aux infirmités découvertes, elle doit mettre toute son étude pour les guerir, afin qu'elle n'ait pas à en rendre compte à Dieu, si par la négligence elles ne sont pas changées.

Premierement, elle y doit travailler avec douceur, les exhortant quelquefois à faire l'examen particulier sur tel défaut, jusqu'à ce qu'elles l'ayent surmonté parfaitement. De plus, si cela n'est pas suffisant, elle les doit corriger de telle maniere qu'elle les fasse rougir & confondre. Et enfin elle doit agir plus sévérement, imposant des pénitences convenables, afin qu'elles se corrigent, mêlant prudemment le vin avec l'huile, la rigueur avec la douceur, & se comportant avec tant de charité, que les mêmes Sœurs châtiées, quoiqu'elles ressentent de la peine à souffrir, connoissent pourtant qu'elle exerce son Office avec charité; & que ceci soit dit pour la maniere avec laquelle on doit faire la correction.

Et quant aux personnes qui doivent être corrigées, il sous-entend ici toutes celles qui en auront besoin quelques anciennes qu'elles puissent être, & encore plus celles-ci que les moins âgées, parce que la correction des plus anciennes profite plus à l'avantage commun & à l'aide de toutes, que non pas les pénitences données aux plus jeunes.

Elle se servira encore de l'aide du Confesseur en ce qui surpassera ses forces, conformément à l'avis que lui en donne notre Pere St Augustin, & non-seulement du Confesseur; mais encore de l'Ordinaire, selon que la chose le méritera.

Et qu'elle donne les pénitences avec humilité, croyent les mériter plus que celle à qui elle les imposera, désirant de les accomplir plûtôt elle-même, que de les donner aux autres, si c'étoit pour la plus grande gloire de Dieu.

De plus, il est nécessaire qu'elle exerce la patience envers toutes, lorsqu'après avoir employé tous les remédes, ils ne réussissent pas selon son intention; ce qu'elle fera plus exactement, quand elle reconnoîtra dans quelqu'une peu d'esperance de se perfectionner, ne manquant pas cependant de prier pour elle, & de l'exciter de tems en tems, afin que par la solicitude elle la rende honteuse, ensorte qu'elle en soit aidée.

De la maniere de découvrir les infirmitées cachées, & des remedes que l'on y doit aporter.