A souffler dans leurs doigts dans ma cour occupés,

Le manteau sur le nez ou la main dans la poche,

Enfin, pour se chauffer, venir tourner ma broche?

Voilà comme on les traite!......

Si l'on écrit jamais une histoire du paupérisme, il y faudra faire une large place à la Noblesse, la place d'honneur. Déchoir ainsi, pour avoir sacrifié tout à son Dieu dans les guerres saintes, à son Roi dans les guerres civiles, à sa Patrie dans les guerres nationales, à ses croyances, à ses traditions, au devoir et au prestige de sa classe, ce n'était pas perdre sa noblesse, c'était l'affirmer, la rehausser même, et ce serait une ingratitude ignoble, une criminelle sottise que de marquer d'une tare les races ainsi tombées. Heu! fuimus Troës! pouvaient-elles dire sur les ruines de leur grandeur; et comme on comprend bien, après ce tableau de misère, cette devise de résignation inscrite sous le blason d'une ancienne tapisserie: Tout est adieu, tout est à Dieu![345]

CHAPITRE XX

A l'aventure.—Un varlet devenu roi.—Fortunes extraordinaires.—Guillaume Coquillart.—Chevaliers anoblis.—Valet cordonnier devenant grand trésorier.—Balthazar Pina et Jean le Blanc.—Coup de balai de la Vérité.—Déclaration de Louis XVIII en 1800.—Noblesse militaire.—Fraternité du loyalisme et du patriotisme.—Comment jadis on s'anoblissait soi-même.—Mesure paternelle.

Au moyen âge, les jeunes gentilshommes à l'escarcelle légère partaient à l'aventure, avec l'espoir de faire quelque merveilleuse fortune à la guerre ou dans les cours, d'énamourer et d'épouser quelque gente princesse aux cheveux d'or et aux yeux pers, comme dans les romans de chevalerie. La chronique des temps féodaux fournit maints exemples de ces élévations prodigieuses. Baudry le Teutonique, étant venu à la cour de Richard II, duc de Normandie, «suivant l'usage des anciens chevaliers, qui alloient, partout où se faisoit la guerre, offrir leurs services aux souverains», reçut de la munificence de ce prince des domaines considérables et fut l'auteur de l'illustre maison normande de Courcy.[346] Un «varlet» du comte de Poitou, Guy de Lusignan, était devenu roi de Jérusalem.[347] L'histoire des croisades, en regard de trop nombreuses ruines, relate çà et là d'autres fortunes extraordinaires.[348] C'était à qui se rangerait sous la bannière des princes renommés par leur inclination à récompenser les prouesses par des libéralités «tant d'or que d'argent, dit Froissart, car c'est le métal par quoy on acquiert l'amour des gentilshommes et des povres bachelliers.»[349] Ce chroniqueur de la chevalerie nous apprend que le rêve de tout écuyer était de faire, sur le champ de bataille, quelque grand prisonnier, dont l'énorme rançon lui servît à chausser les éperons de chevalier. Oudard de Renti, ayant fait prisonnier un chevalier anglais, «le rançonna bien et grant». Quand partit le sire de Barclay, fait prisonnier par un écuyer picard, «il paya six mille nobles d'or, et devint le dict escuier chevallier, pour le grant profict qu'il eut de son prisonnier.»[350] Guillaume Coquillart fait ainsi parler «les armes»:

Fay-je pas ung simple escuier,