—Peut-être en effet! fit le baron, en introduisant son commensal dans une pièce du rez-de-chaussée, de la dimension d'un boudoir et dont une boiserie de sapin, entamée çà et là par les rats, servait de cadre à une manière de bureau de bois noirci, chargé de paperasses jaunes, et à deux fauteuils de cuir dont le crin s'échappait en flocons poudreux.
—Diable! il fait frais ici, dit Charaintru en secouant les épaules.
—Patience! fit le baron. La salle à manger vous consolera tout à l'heure de ce cabinet transitoire.
Le vicomte considéra un instant son interlocuteur. C'est à peine si, après quatre années de séparation, il retrouvait les traits de son ancien ami, tant il avait changé et pris l'allure d'un gentilhomme campagnard.
Les joues carrées du baron s'encadraient entre deux accents circonflexes, formés, l'un par des sourcils épais relevés sur les tempes, l'autre par les plis de la bouche allant se perdre dans de gros favoris presque roux.
Charaintru remarqua en outre que l'accent du baron s'était modifié.
On reconnaissait dans ses paroles l'intonation familière du Normand.
Si ses é et ses i étaient des croches, ses o et ses a étaient des blanches.
Presque aussitôt une domestique annonça que ces messieurs étaient servis et l'on passa dans la salle à manger. Charaintru fut littéralement stupéfait.
A l'humidité près qui avait détaché par endroits les tentures, c'était merveille que cette pièce attiédie par un feu de cheminée et comme il n'en existe que dans les ballades.