—Peut-on causer avec vous? demanda Pottemain en regardant Berthe et Georges avec embarras.

Sur un signe de leur mère, les deux mignons diablotins partirent en recommandant qu'on leur amenât Pauline une autre fois.

—Dites-moi, chers voisins, dit le baron en formant avec eux sur trois sièges rapprochés un triangle étroit dont il occupait le sommet, avez-vous remarqué que notre chère amie fût sujette à des accès bizarres de mélancolie ou de fièvre?

—Non, répondirent le mari et la femme d'une seule voix.

—Hé! pourtant, reprit Pottemain d'un air soucieux, le séjour d'un climat extrême comme celui de la presqu'île asiatique doit avoir exercé sur son enfance une influence néfaste!

Et il regardait le plafond, attendant une réponse.

—Pauline est très romanesque! dit enfin Jeanne. C'est une fleur animée pour ainsi dire, sujette à toutes les variations de l'atmosphère et du jour... C'est une de ses grâces! ajouta la jeune femme en voyant se froncer légèrement le front de son mari.

—Mais enfin est-elle parfois en proie à des hallucinations? Croit-elle tout à coup, par exemple, qu'on veut lui nuire... l'assassiner?...

—Elle a eu des terreurs folles dans son enfance, dit Jacques; elle a failli, toute petite, mourir de mort violente avec ses parents, dans les jungles de l'Asie méridionale; mais ici, en pleine sécurité, entourée d'égards et de soins affectueux, comment croirait-elle?...

—L'entendait-on tout à coup traverser les taillis avec les cheveux en désordre, en criant... que sais-je? «Jacques! Jacques!» Non, à Guermanton, elle ne faisait pas cela?