Pottemain regarda tour à tour Jacques, qui devint très sérieux, et Jeanne, qui rougit excessivement, mais qui ne répondirent ni l'un ni l'autre.
—Voyons, reprit bonnement Pottemain, aidez-moi, cette pauvre Pauline a quelque chose de dérangé dans le cerveau.
Le Normand avait bien pesé le mot abominable qu'il venait de jeter dans la conversation. Il examina en dessous M. et Mme de Guermanton.
—Expliquez-vous plus nettement, dit Jacques impatienté, ou laissez ces particularités dans l'ombre!
—J'y viens, reprit le baron. Hier un sinistre dont vous avez sans doute entendu parler...
—Oui, dit vivement Mme de Guermanton, un incendie à deux lieues d'ici. Mais nous n'avons encore aucun détail.
—L'incendie, madame, c'était quarante mille gerbes de froment à moi qui brûlaient! J'y volai, défendant à Pauline de me suivre. Pourquoi l'affliger d'un pareil spectacle? Pourquoi lui faire courir avec moi quelque danger? Bref, quand je revins, triste, impatient de la revoir, elle courait dans le bois. Je pensai que c'était à ma rencontre... Mais ce n'était pas moi qu'elle appelait... J'ai mal entendu, peut-être!
—Vous aurez mal entendu et cela pour deux raisons, dit froidement le père de famille: la première est que, jamais ici, Mlle Marzet n'a été avec nous sur le pied d'une semblable familiarité; la seconde est qu'aucune explication de cette course à travers bois et de cette impatience n'est admissible, à moins que votre absence prolongée n'en fût la cause?
—C'est vrai, c'est bien vrai! dit Pottemain, comme se conseillant à lui-même de se rassurer.
—Est-ce là, poursuivit Jacques sur le ton d'un aimable persiflage, le seul nuage qui se soit élevé entre vous depuis que vous êtes unis?