—Il vous plaît, madame, d'avoir pour page ce Jeannolin? Soit, essayez-en, mais conseillez-lui de ne pas fracasser ma vaisselle, car il doit être moins habitué à servir un thé qu'à gauler des noix...

—Je me charge de son éducation, dit la jeune femme. Vous n'accuserez que moi de ses fautes.

Le pauvre criminel n'avait pas osé lever les yeux sur le Sournois. Toutefois, c'était déjà une première victoire.

Pauline s'occupa de suite d'initier le nouveau domestique aux détails de son service.

—C'est toi, lui dit-elle, qui serviras à table et voici comment tu devras t'y prendre. Il faut avoir la serviette sous le bras gauche avec l'assiette à donner. Tu prends l'assiette à enlever de la main droite, tu la passes comme ceci dans la gauche, et tu présentes la nouvelle assiette que tu tenais sous ton bras. Marche sans bruit pour faire ton service. Glisse comme une ombre autour de la table. Offre du pain sans que l'on t'en demande et nomme d'une voix brève, à demi-basse et très nette, près de l'oreille droite du convive, le cru dont tu vas remplir son verre. L'important est de ne pas se tromper de verre. Il y en a plusieurs pour chaque personne.

—Jamais je ne me reconnaîtrai là-dedans, soupirait Jeannolin, surtout si M. le baron me regarde... Ça me trouble, voyez-vous...

—Ne le regarde pas...

—Mais s'il me parle?

—Préviens ses ordres, il ne te parlera pas.

—J'ai peur...