La mort de Pastouret créait une vacance dans le personnel domestique de Bois-Peillot.
Le plus profond taillis n'était pas sûr pour le pauvre Jeannolin, que ses stations avec son troupeau avaient conduit et conduiraient encore sur le théâtre de l'incendie.
Elle eut un éclair de génie féminin, elle demanda Jeannolin au baron pour tenir provisoirement l'emploi de valet au château et, de peur de se voir opposer un refus, elle travailla toute la nuit de façon à ne produire son candidat que proprement vêtu des pieds à la tête.
Jeannolin était de ces enfants de l'amour, qui, n'ayant ni père ni mère, ont, par exception, obtenu grâce, dès leurs premières années, par leur gentillesse.
Le fermier de Bois-Peillot lui avait servi de tuteur et il était couché et nourri (Dieu sait comme!) à charge par lui de garder les troupeaux.
Livré à lui-même, personne ne s'étant jamais avisé de son éducation, il s'était élevé solitairement et sa nature restée fruste avait fait croire dans le pays qu'on était en présence d'un simple d'esprit, un innocent, un berdin...
De son vivant, la première baronne l'avait aimé et choyé de son mieux. Mais depuis trois ans, il avait subi le sort commun des choses à Bois-Peillot; il allait pieds nus parce que Mme Pottemain était morte, que les murs avaient des lézardes et que les ronces avaient poussé partout.
Quand Pauline le présenta timidement au baron avec sa supplique, celui-ci ne le reconnut pas, tant il était changé.
Pauline l'avait peigné et attifé elle-même après lui avoir prescrit les ablutions nécessaires. Jeannolin était vêtu de gris des pieds à la tête; il avait de bons bas bleus des souliers neufs et un vieux ruban rouge, trouvé par Pauline au fond de sa toilette, formait au col de l'adolescent un petit nœud qui éclatait comme un corail sur une chemise de grosse toile d'une blancheur éblouissante.
Le baron examina le petit berger d'un œil assez narquois et dit à Pauline: