Ce même substitut, qui tenait les chevreuils de Guermanton en si haute estime, se trouva chargé des préliminaires.
Il vint à Bois-Peillot, assisté de son greffier, dans une voiture de louage.
Cette circonstance lui permit de voir Pauline, transformée en baronne Pottemain.
Jusque-là, pour lui, elle n'avait été personne, mais maintenant elle était riche et par conséquent elle était quelqu'un.
—Ah! c'est pour cela, madame, lui dit le jeune magistrat d'un ton malin, qu'il y a six mois, à Guermanton, vous vous informiez si volontiers de Bois-Peillot et du château un peu délabré alors, mais magnifique aujourd'hui... grâce à vous. Tous mes compliments, madame la baronne!...
Tandis que parlait le substitut, dont les épaules hautes et maigres faisaient l'effet d'un porte-manteau, tandis que, la tête rejetée en arrière comme ses cheveux, il cherchait à résoudre le problème d'apercevoir les objets à travers le pince-nez juché sur les tendons extrêmes de son appareil olfactif, Pauline cherchait, dans son cœur meurtri et saignant, comment elle pourrait dérober un pauvre enfant, coupable d'un gros forfait, aux menottes de la prévention criminelle.
Le substitut, lui aussi, avait trempé dans l'espèce de conspiration qui avait donné à Pauline Pottemain pour époux.
Raison de plus pour le dépister dans des recherches et même pour croire qu'il serait possible de le dépister, car il ne brillait pas par la judiciaire, à en juger par la façon dont il appréciait les physionomies.
Mais Pauline comptait peut-être sans cette habitude contractée dès l'abord au parquet par les jeunes magistrats, de voir partout des coupables et de spéculer à perte de vue sur les antécédents et sur l'attitude des malheureux, comme si rien faisait foi d'un fait, comme le fait lui-même, et comme si une induction devait jamais servir à faire tomber une tête.
Quoi qu'il en soit, elle sentit, de prime abord, que la lutte, à l'occasion de Jeannolin, était entre le substitut et elle. Et comme elle était brave, elle marcha de l'avant, l'oreille et l'œil bien ouverts.