La jeune femme, si seule dans ce manoir plein de visages louches, s'était prise pour Jeannolin d'une affection singulière.
Elle avait résolu de conquérir l'amitié de ce petit sauvage, bien moins berdin qu'on ne voulait le dire, mais dont l'intelligence fruste avait besoin d'être développée et cultivée.
Elle continuerait ainsi la tâche de la défunte châtelaine, à laquelle le pauvre être avait gardé un souvenir si reconnaissant.
Aussi le danger couru par Jeannolin, auteur de l'incendie de Sainclair, fit, s'il se peut, plus de peine à Pauline que l'abandon de la famille de Guermanton.
Le premier de ces malheurs était pressant et pouvait devenir tragique.
Le second était tempéré, dans l'esprit de la jeune femme, par l'indignation que lui causait la pensée d'avoir été livrée par ses hôtes à un scélérat et de ne pouvoir plus désormais trouver auprès d'eux aucun appui.
Le silence était même imposé d'avance à toute plainte. Eux qui ne lui devaient rien que des égards avaient fait, pour la marier et se séparer d'elle, un sacrifice qui pesait maintenant à sa délicatesse et auquel mille fois elle aurait préféré un sourire ou une poignée de main.
Le baron, tandis que Pauline travaillait avec une douce charité à vêtir le vrai coupable, adressa une plainte au parquet.
C'est toujours une bonne fortune pour un parquet de province qu'une ténébreuse affaire et c'est tout naturel. De quoi serviraient, sans la guerre, les officiers et les soldats?
Une enquête eut lieu.