C'était peut-être ce qu'il souhaitait!

V

Le baron, de retour à Bois-Peillot, trouva sa femme occupée dans la lingerie à ajuster de vieux vêtements à la taille d'un jeune garçon.

—Que faites-vous? dit-il d'un air qu'il voulut rendre aimable. Vous voilà tailleur à présent?

—Je désire simplement, repartit Pauline, si toutefois vous m'y autorisez, habiller un petit pauvre.

—Oh! rien de mieux, ma chère amie... dit Pottemain. Serait-ce lui, par hasard, qui s'appelle Jacques!

Pauline se pencha sur son travail en changeant de couleur et répondit:

—Il s'appelle Jeannolin. C'est un de vos bergers, et vous le connaissez sans doute.

—Peut-être! fit le baron. Et à propos, continua-t-il, j'ai deux mauvaises nouvelles à vous apprendre. Je viens de Guermanton, où j'ai été reçu fraîchement, je n'imagine pas pourquoi. J'espérais que des relations suivies avec vos amis vous seraient agréables... Ils se dérobent. Vous voilà, malgré moi, bien isolée... L'autre nouvelle est que décidément le feu a été mis exprès à ma grange de Sainclair. Décidément, nous excitons des sympathies partout!... Ah! il est vrai que votre amour me reste pour me consoler... C'est quelque chose... Habillez les pâtres, ma chère! Quant à moi, je vais m'occuper à faire prendre et à faire pendre l'auteur du méfait. Je mets la maréchaussée sur pied à dix lieues à la ronde. Cela va m'occuper huit jours. Après quoi, si vous n'allez décidément pas mieux, nous bouclerons les malles et nous jetterons une plume au vent...

Et, après ce petit discours, empreint d'un léger persifflage, le baron Pottemain tourna les talons, laissant Pauline à son travail.