—J'ai, dit le substitut d'un air de suffisance et de mystère, mis, je crois, la main sur un garçon suspect et je l'ai expédié en prison à tout événement.

—Et vous le croyez coupable? demanda Mme Pottemain, en feignant de s'occuper beaucoup moins de la conversation que du potage.

—Madame la baronne, répondit le substitut avec une pédanterie enjouée, ceci est le secret de Dieu. Notre rôle consiste à interroger, selon notre sagacité, Pierre, Paul ou Jacques sur le fait délictueux. Celui qui se coupe, se trouble, s'enferre et ne peut prouver immédiatement son alibi, passe à l'état de prévenu. On l'écroue. Puis le ministère public le tenaille et, s'il passe, par sa faute, de l'état de prévenu à celui d'inculpé, il est renvoyé devant la chambre des mises en accusation. Si la chambre confirme, l'inculpé devient accusé et comparaît devant les tribunaux.

—Et ainsi, repartit Pauline, vous tenez le prévenu?

—Et nous le tenons bien! dit gaiement l'homme de justice, en laissant tomber son pince-nez pour déguster son madère.

—Et pourrait-on savoir son nom?

—Facile! dit le substitut. C'est un pâtre, le nommé Bertrand Cassecou...

Jeannolin, qui, à ce moment, offrait du poisson au substitut, laissa tomber le plat qui se brisa sur les dalles. Le magistrat, éclaboussé, se retourna d'un air très contrarié et toisa Jeannolin des pieds à la tête.

Pauline avait poussé un cri.

Il résulta de la chute du turbot un certain trouble et un mélange confus d'exclamations, de plaintes et d'excuses.