—Voilà ce que c'est, murmura Victorine en réparant le désordre, tandis que l'enfant, plus mort que vif, la regardait faire en songeant à Bertrand Cassecou, au turbot et à d'autres calamités encore. Voilà ce que c'est que de se faire servir à table par un berger!
Cette critique adressée au pauvre Jeannolin n'échappa pas au substitut et, pour rompre les chiens,—car le mécontentement du baron menaçait d'éclater—il dit:
—Y a-t-il longtemps, mon ami, que vous ne gardez plus les troupeaux? S'il n'y a pas longtemps, vous êtes excusable.
Jeannolin regarda Pauline, transie de peur en songeant à la réponse probable de l'enfant et il puisa, dans ce regard, plus de force qu'elle n'en avait elle-même.
—Depuis pas assez de temps, répliqua-t-il hardiment, pour n'être pas sûr que Bertrand Cassecou n'est pas coupable...
—Vous le savez? dit vivement le magistrat.
—Je suis sûr que Cassecou n'a rien fait... j'en mettrais ma main dans le feu...
—C'est un de vos camarades? demanda le substitut.
—Oui, dit Jeannolin, nous avons gardé les bêtes ensemble... Pas méchant du tout... Berdin si l'on veut, mais faire du mal à qui que ce soit, jamais!
—Mais, enfin, sur quoi bases-tu cette opinion qu'il n'est que berdin, puisque berdin il y a? demanda le baron intrigué.