—Ce sont ces hasards, répliqua l'officier de santé, qui expliquent la plupart des erreurs judiciaires. Et l'éperon de Lesurques? Et tant d'autres circonstances aggravantes, qui ont fait porter à des innocents leur tête sur l'échafaud? Tout est possible et même ce qui semble souvent impossible...

—Dites-nous de suite, conclut le substitut, que nous aurions dû chercher le coupable dans le château.

—Ah! pour cela, dit Pauline, ce serait peine perdue, puisqu'ici tout le monde s'intéresse à la prospérité de nos affaires, nous, parce que ce sont les nôtres, nos serviteurs parce qu'ils en bénéficient, et pourquoi aussi ne pas ajouter: parce qu'ils nous aiment!

A l'ouïe de ces paroles, le petit Jeannolin trouva du génie à sa maîtresse et il la plaça incontinent, dans son cœur reconnaissant, à la hauteur de la baronne trépassée.

Le repas ne fut signalé par aucun incident nouveau. Quand la maîtresse de maison se leva et que le substitut lui offrit son bras pour la conduire au salon, les autres convives suivirent.

Seul, le baron, demeuré en arrière, dit à Jeannolin, qui respirait d'aise à voir les gens de justice s'éloigner, mais que préoccupait fort le destin du pauvre Bertrand:

—Je parie que c'est toi, polisson, qui a mis le feu au bâtiment, en allumant quelque pipe. A ton âge, on veut déjà fumer dans une pipe!

Ce n'était qu'une plaisanterie du baron, mais l'enfant devint excessivement pâle en l'entendant. Le Normand remarqua cette pâleur, fronça le sourcil et passa outre.

A dix heures, les visiteurs prirent congé de leurs hôtes, et repartirent, le docteur Marsay à Souvigny, le substitut et son greffier à Moulins.

Demeuré en tête-à-tête avec sa femme, le baron lui dit à brûle-pourpoint: