Avait-elle lu dans quelque journal, avait-elle ouï dire que l'on fût sévèrement puni pour un malheur que l'on n'avait pu ni empêcher, ni prévoir?

Mais, en attendant, elle avait juré à Jeannolin qu'elle ne le trahirait jamais. Et ne pas le disculper cette nuit même, c'était le trahir! Ne pas le sauver, c'était le livrer à l'inconnu... à la griffe juridique!

Pauline sentait augmenter son anxiété à mesure que l'heure s'avançait.

Un instant, elle se demanda si ce n'était pas folie à elle de tenir autant à la libre disposition de soi-même, de ne pas accepter ce suprême et douloureux sacrifice, quand, en livrant son corps à ce qu'elle considérait comme un outrage, elle pouvait sauver l'honneur et la vie d'un malheureux!

Oui, mais céder, c'était pour elle-même perdre tout le terrain si âprement conquis depuis quelques jours...

C'était le renoncement définitif, l'oubli du passé et pour l'avenir l'obligation de reprendre sa place d'épouse au foyer du misérable.

A la façon dont Pottemain venait de lui proposer ce marché, elle avait compris la résolution bien arrêtée du Sournois d'en finir avec cette contrainte qu'on lui imposait et qui l'exaspérait.

Il avait choisi ce moyen de faire rentrer Pauline sous le joug, et en dépit de ses promesses et de sa crainte du scandale, il était homme à ne reculer devant rien—il l'avait bien prouvé—pour reconquérir son indépendance et faire triompher sa volonté.

Et quelle résistance pouvait opposer la malheureuse Pauline?

Abandonnée par les de Guermanton, sans famille, sans amis, sans relations, sans argent, au fond de Bois-Peillot, elle était à la merci de cet homme, qui lui faisait horreur.