—Non, dit Charaintru, mais je sais qu'elle existe.
—Imaginez-donc que vous avez le Bois-Peillot, c'est-à-dire une propriété de plus de cinq cents hectares, moins vingt mille mètres entrant chez vous comme un fer de hache et où le voisin va attendre en plaine, au débucher, vos chevreuils dont vous n'êtes plus que le rabatteur.
—Je conçois. C'est ennuyeux... Et vous traiteriez volontiers avec M. de Guermanton pour l'achat de cette enclave?
—Parfaitement. A combien l'estimez-vous? Pensez-vous que votre ami soit fort exigeant?
—C'est une valeur de convenance, dit le vicomte. Pour de Guermanton, à un franc le mètre, cela vaut vingt mille francs; pour vous, cela en vaut soixante mille.
—Vous croyez que c'est là ce qu'il me demandera?
—Non, mais je les demanderais à sa place.
—Vous êtes un ami bien dévoué, fit le baron Pottemain en riant, et je ne vous prendrai pas pour intermédiaire, je ferai ma commission moi-même. Je serai ainsi plus sûr de réussir et à meilleur compte, car, sans que j'en aie l'air, je suis très documenté sur le compte de mon voisin. Il peut se vanter d'être un homme heureux, car il possède trois choses rares sur la terre: un ami sans pareil, vous..., une femme vertueuse et une institutrice modèle...
—Vous connaissez Mlle Pauline? demanda Charaintru au comble de l'étonnement.
—Oui, et je vais vous l'avouer, puisque j'en suis au chapitre des confidences, je la connais non seulement pour en avoir beaucoup entendu parler, mais aussi pour l'avoir entrevue... oh! sans qu'elle s'en doute! Et je la trouve charmante!