De cette vaste et peu riante demeure, restée ou redevenue morne, malgré les efforts et les dépenses d'un propriétaire amoureux, il n'y avait d'habité qu'une petite aile. Tout s'était concentré là.
Condamné, soit par sa tendresse pour sa femme ou pour tout autre motif—la jalousie peut-être, pensa Charaintru—à servir de garde-malade ou de geôlier à la baronne, Pottemain passait sa vie entre les quatre murs du château, auprès de Pauline dont, après quarante jours, le pied refusait encore de la porter.
La conversation s'engagea sur les événements de la saison ou du pays, sur Paris, sur la Chine, sur l'incendie de la grange aux quarante mille gerbes, sur le procès qui s'en était suivi, sur l'acquittement du prévenu—car Bertrand Cassecou, dans l'intervalle, avait été remis en liberté, faute de preuves,—enfin, sur la cause probable et purement accidentelle du sinistre.
—Après tout, dit Charaintru, il suffit pour cela d'un bout de cigare dans un chaume.
—Oh! dit Pottemain, comme vous y allez... il n'y a pas, mon bon ami, de bouts de cigares dans les champs!... Vous vous croyez toujours au boulevard des Italiens!
—Sans croire que l'écrevisse soit rouge avant le court-bouillon, dit Charaintru, j'admets volontiers qu'un feu de paille soit chose involontaire et fortuite.
—N'est-ce pas? dit Pauline. Et pourquoi toujours soupçonner le mal?
—A l'endroit des soupçons, grommela Pottemain, j'admire votre charité, ma chère!
Mais à part cette allusion quelque peu amère, il fut constamment aimable pour Pauline, devant Charaintru.
Le vicomte remarqua aussi aller et venir dans la maison et entrer souvent, à l'appel d'un petit timbre que la baronne avait sous la main, un gamin de moins de quinze ans, qui était bien le plus joli adolescent qui se puisse voir.