—Êtes-vous content de la façon dont je vous ai reçu?
—Certes! fit Charaintru.
—Eh bien, je ne me suis occupé de rien. C'est Pastouret, qui a tout préparé, sur le simple avis que j'attendais un ami.
—Où est-il, Pastouret... que je l'embrasse! s'écria le vicomte.
—Pastouret habite le petit cabinet où je vous ai reçu. Le jour, il y travaille et je ne suis pas sûr qu'il ne se relève pas la nuit pour voir, s'il n'y a pas quelque chose à faire... Il est navré de mon apathie et de mon désintéressement de toutes choses... Je reconnais qu'il a raison... Enfin c'est un homme qui est à ce point dévoué à mes intérêts que, ayant remarqué que la chandelle coûtait moins cher que l'huile, il n'emploie pour son usage, et malgré moi, que de la chandelle! Rien ne le rebute. Un jour de mauvaise humeur, ayant congédié brusquement un domestique, je trouvai néanmoins le matin mes bottes cirées à ma porte et cirées par Pastouret lui-même!
—Vous n'épouserez pas, je suppose, Mlle Pauline pour qu'elle vous cire vos bottes? demanda Charaintru cette fois tout à fait ivre.
—Ne rions pas! dit le Normand. A elle, nous donnerons au contraire, s'il le faut, dix caméristes au lieu d'une... Elle me sera une raison de me ressaisir... Qu'elle accepte ma proposition... Elle entrera ici en maîtresse et aussitôt, comme dans le vieux conte de Perrault, le Bois-Peillot, nouveau Bois-Dormant, se réveillera... Et valets, piqueurs, bûcherons, dames d'atours, réveillés aussi, se mettront à l'ouvrage. On mettra des carreaux aux fenêtres, du badigeon partout... On verra ce qu'on n'a pas vu depuis longtemps, des fleurs dans les parterres, des eaux dans les fontaines, du sable dans les allées... Bref, le vieux Parisien que je suis au fond saura prouver que, chez lui, on ne sait pas seulement déjeuner... on sait vivre!
—Mais vous êtes poète, mon cher sauvage! s'écria Charaintru, et je dois reconnaître que l'on vous a calomnié... Heureuse, Mlle Pauline, de provoquer de semblables enthousiasmes chez un homme comme vous... Eh bien, écoutez! Vous m'avez si bien reçu que je vous dois une compensation. Bien que vous ne m'ayez pas converti à vos idées, je fais litière de mes préventions et m'institue votre avocat! En rentrant, je pose votre candidature.
Puis, comme le baron esquissait un geste:
—Ne craignez rien, ajouta le vicomte, ce sera fait avec la discrétion d'un homme bien élevé et d'un ami dévoué... puis je vous ménagerai une entrevue avec la famille de Guermanton... Après, mon rôle sera terminé... Vous serez, ce n'est pas douteux, très bien reçu... A vous de faire le reste...