—Vous commencez donc enfin à devenir raisonnable? dit le baron.

—Si vous voulez!... dit Pauline sans insister.

Et l'on commença le whist, qui terminait toutes les soirées, depuis que Romagny était au château.

Le lendemain de ce jour, et avant l'heure à laquelle le sculpteur avait coutume d'arriver, Pauline descendit au jardin en compagnie de Jeannolin.

—Mon enfant, lui dit-elle, j'ai une nouvelle, bonne ou mauvaise, à t'apprendre. Écoute-moi bien! Je t'ai arraché à la vie des bois dans un moment où tu courais dans les bois un plus grand danger qu'au château. Maintenant, l'affaire de l'incendie est terminée; Bertrand Cassecou est acquitté; la grange est en pleine reconstruction et la nature a jeté un tapis de verdure sur la cendre des bruyères que tu as incendiées... Ainsi nul ne songe plus à toi...

—M. le baron me regarde pourtant toujours avec des yeux...

—Non! C'est un enfantillage... D'ailleurs, le meilleur moyen d'être oublié par le baron, c'est de ne plus demeurer sous son toit... La servitude n'est ni de ton goût, ni de ton âge... Tu vas rentrer à la ferme et retrouver le pauvre Bas-Rouge qui te regrette toujours... Je vais te donner du linge, de bons vêtements et des livres, afin que tu n'oublies pas ce que je t'ai appris.

Jeannolin resta confondu et atterré. Il devint pourpre, puis blême; il prit enfin la main de la baronne qu'il couvrit de baisers, comme un sujet implorant de sa souveraine la grâce de la vie.

—D'abord, fit-il, la voix pleine de sanglots, vous ne sauriez marcher sans moi... Vous voyez bien qu'il faut que je reste avec vous... Il n'y a pas moyen de faire ce que vous dites... Est-ce que vous pourriez vivre sans mon service à présent, au milieu de ces méchantes gens?... Mais, moi, je vais mourir, si je ne vous vois plus! Que vous ai-je fait? Voulez-vous que je meure? Oh! madame la baronne, pour Dieu! ne me renvoyez pas!

Pauline sentit des larmes mouiller ses paupières.