—Non, Jeannolin, fit-elle tristement, il faut nous séparer... Je t'aime bien!... Mais il y a un danger... un danger réel... Le baron...

—C'est le baron qui vous a commandé de me renvoyer? interrompit l'enfant.

—Non, mais la prudence l'ordonne, dans ton intérêt... Écoute, il va se passer d'ici à quelque temps, quelque chose de très grave... Il vaut mieux que tu sois à la ferme... Si tu m'aimes, tu n'insisteras pas et tu retourneras à tes bêtes!

—C'est bien, j'irai! dit Jeannolin atterré, mais je vous reverrai, n'est-ce pas, madame la baronne?

—Peut-être! répliqua énigmatiquement la baronne en levant les yeux au ciel, j'aurai dans tous les cas encore besoin de toi ce soir. Trouve-toi à dix heures à la grille du parc et arrange-toi pour qu'on ne puisse la fermer. C'est entendu?

—C'est bien, vous serez obéie, dit l'enfant un peu consolé.

Romagny paraissait à ce moment à la grille du parc. Pauline congédia Jeannolin et marcha au-devant du sculpteur.

—Monsieur Romagny, lui dit-elle à brûle-pourpoint, vous m'avez inspiré la plus entière sympathie... C'est pourquoi je n'hésite pas à vous demander un grand service.

—Parlez, madame! fit l'artiste, stupéfait d'une pareille entrée en matière.

—Ne faites pas de gestes, on nous observe! continua Pauline. Vous n'êtes pas sans avoir remarqué que je vis dans une contrainte perpétuelle, que mes paroles et mes moindres actes sont épiés... C'est un secret que je veux vous confier et qui ne doit être entendu que de vous... Tout à l'heure, dans le salon, pendant la séance, placez-vous de façon à ce que je puisse vous parler sans élever la voix... Vous m'écouterez en travaillant... Avec toute la liberté dont je parais jouir, les prévenances dont je parais entourée, je ne suis ici qu'une prisonnière et d'autant plus surveillée aujourd'hui que me voilà guérie et que j'ai de nouveau repris la liberté de mes mouvements... Je vous ai paru gaie peut-être... Et cependant j'ai la mort dans l'âme... Promettez-moi de faire ce que je vous demanderai...