Quinze jours plus tard le couple était installé rue de Vaugirard, dans un petit nid donnant à vol d'oiseau sur le Luxembourg.
Une ère de bonheur parfait commença pour l'heureux Raymond qui, chaque soir, pouvait se reposer dans un bon fauteuil, en écoutant, l'œil aux étoiles, un nocturne de Chopin ou un chant sans paroles de Mendelssohn.
Car Marguerite avait acquis, de ses deniers, non pas un piano d'Erard, mais un modeste piano droit que ses doigts agiles faisaient paraître bien meilleur qu'il n'était réellement!
Hélas! ce temps d'absolue félicité dura trop peu. Le printemps était venu... les arbres bourgeonnaient...
Un fantôme vint tout à coup se dresser entre les deux amants. Un tiers, importun pour eux, mais qui eût comblé d'aise un autre ménage. Un soupir suivi d'une crise de larmes qui fut un aveu de Marguerite!... Un frémissement de Raymond qui fut d'abord une joie!
Mais elle lui dit:
—Tu ne peux pas comprendre pourquoi je pleure... Je n'ai pas droit au bonheur de la maternité!...
—Mais, dit vivement Raymond, je suis libre, et nous pouvons tout régulariser, dès demain.
Pour toute réponse, Marguerite secoua tristement la tête. Et tout bas elle murmura en éclatant en sanglots:
—O mon Dieu!... comment lui expliquer?...