III

La proposition faite par Darcy à Marguerite de l'épouser pour trancher une bonne fois toutes les difficultés d'une situation pareille, n'avait rien que d'honorable et de naturel.

Il fut, une fois de plus, très froissé et très peiné de l'accueil de Marguerite à cette ouverture. Quelle raison pouvait-elle avoir de dire non?

Si elle était enfant trouvée, le mariage était une occasion de lui créer un état civil. Rougissait-elle de n'en point avoir et ne voulait-elle pas avouer ce malheur devant un officier public?

Mais une âme comme la sienne devait souffrir encore plus de ne pas sanctifier la maternité par le mariage!

Darcy en vint donc à ne pouvoir expliquer les refus de Marguerite que d'une façon terrible pour elle et partant pour lui...

Malgré la beauté de son caractère, la pureté de ses sentiments, l'innocence de sa vie, Marguerite devait avoir eu quelques démêlés avec la justice. Pour ce motif, elle avait caché obstinément son histoire à son ami, qu'elle craignait de perdre, en se montrant à lui telle qu'elle était.

Bref, elle ne pouvait vivre en sécurité qu'en vivant en sauvage au milieu du monde. Elle pouvait avoir été la victime d'une simple erreur judiciaire, mais sa fierté lui faisait craindre encore l'ombre du soupçon comme une tache indélébile.

Pourtant vis-à-vis de Raymond, qui avait en elle une foi absolue, qu'avait-elle à redouter des soupçons?

L'appréhension de scènes violentes sans issue condamnait Darcy au silence. Il souffrait le martyre en contemplant les lèvres de son amie, serrées comme par un vœu de mutisme éternel.