Puis Marguerite fut prise subitement de la fantaisie des voyages lointains. Elle parla de réaliser leurs quelques économies pour partir en Amérique. Son rêve, disait-elle, était de donner le jour à son enfant dans ce pays libre, où l'on pouvait faire fortune et où, dans tous les cas, il était facile de vivre seuls et ignorés de tous. Elle était devenue la proie d'un bizarre accès de nostalgie: la nostalgie de la solitude.
Raymond s'effrayait de ces lubies qui s'accordaient si peu avec le caractère ordinairement si uni de Marguerite. Il se demanda même, un moment, si la maternité n'avait pas causé chez la pauvre femme un dérangement intellectuel et déterminé une sorte de folie, le délire de la persécution.
Un jour, elle rentra tout émue d'une commission très courte à la place Saint-Sulpice. Avait-elle fait quelque mauvaise rencontre? Avait-elle vu quelqu'un qu'elle tînt à ne plus voir?
Elle ne le dit point, mais elle regarda longtemps la rue avec inquiétude, à travers ses rideaux baissés et elle ne recouvra un peu de calme qu'à l'arrivée de son amant, qui rentra quelques instants après.
Et jamais elle ne confiait à personne le secret de cette angoisse perpétuelle qu'on lisait sur son visage! C'était incompréhensible!
Raymond espérait tout bas que la délivrance prochaine apporterait un remède à cet état de choses et il attendait.
Un voyage hors de Paris eût été peut-être salutaire; il comprenait que le séjour de la capitale dans une de ses plus belles rues, puisque ses maisons ont pour perspective le jardin et le palais du Luxembourg, ne compensait pas pour Marguerite la nécessité de gravir à chaque instant cinq étages.
A défaut de l'Amérique, où, pour Darcy, il ne pouvait être question d'aller, cet homme qui adorait sa femme cherchait, hélas! sans la trouver, une combinaison qui lui permît de procurer à sa compagne les joies et les libertés de la campagne.