Elle lisait beaucoup et surtout elle avait gardé un souvenir très vif des longs voyages qu'elle avait faits au temps de ses années heureuses.
Car elle avait, en compagnie de ses parents, parcouru l'Asie tout entière.
Tout l'avait frappée dans ces pérégrinations lointaines.
Aussi, lorsque la théière fumait, le soir, sur le guéridon du salon, M. de Guermanton n'était-il pas le dernier à dire:
—Pauline, dans quel coin de l'Orient allez-vous nous promener aujourd'hui?
Mme de Guermanton n'interrompait guère ces récits que pour s'écrier:
—Mais, c'est vraiment par trop extraordinaire!
Même certains points de détail lui étaient fort suspects.
Ainsi, jamais Pauline ne put faire accepter par Jeanne l'histoire de ces fleurettes, que les filles hindoues font pousser et s'épanouir à vue d'œil, autour de leurs pieds nus, après en avoir répandu les graines sur le sol.
Jacques, qui connaissait ce prodige et qui souffrait pour Pauline de l'incrédulité de sa femme, s'efforça en vain de la convaincre à son tour, il n'en obtint jamais que l'unique réponse: