Désormais maîtresse au château, Victorine avait ressaisi son autorité perdue, mais tous les soins dont elle entourait le baron, toutes les consolations qu'elle s'efforçait de lui prodiguer ne parvenaient pas à chasser l'humeur noire dont, pour la seconde fois, Pottemain paraissait incurablement atteint.

Non que son second veuvage eût déterminé chez lui une crise de regrets ou de remords, mais l'incertitude où l'avait laissé Pauline lui était plus cruelle que n'eût pu l'être la preuve assurée de sa mort.

L'hypothèse d'une noyade dans l'Étang Maudit à laquelle, ainsi que tout le monde, il feignait d'ajouter foi, lui semblait au moins douteuse...

Et Pauline savait son secret!...

Pauline en possédait peut-être la preuve.

Il n'était pas jusqu'à l'attitude louche qu'avait affectée Romagny à son égard, dans la nuit fatale, et cette bizarre histoire de domino qui ne vînt encore ajouter à ses craintes.

Que fallait-il croire?

Si Romagny était le confident ou le complice de Pauline, n'avait-il pas lieu de s'attendre quelque jour à un éclat qui le perdrait sûrement, sans qu'il pût avoir sous la main,—dans l'ignorance où il était des armes qu'on possédait contre lui—le moyen de se défendre?

Le doute où il vivait le minait sourdement.

Victorine, qui ne comprenait rien à cette tristesse et qui, dans son ignorance, l'attribuait à l'influence de la solitude, cherchait à tempérer l'austérité de l'existence de son maître par tous les moyens qui étaient en son pouvoir, voulant ainsi lui enlever jusqu'à l'idée d'un troisième mariage.