Mais elle avait beau ne le quitter jamais et se prodiguer comme femme et comme cordon-bleu, le Normand demeurait accablé d'une mélancolie noire.
Il ne s'occupait plus de rien et les ronces qui avaient jadis pris l'habitude d'envahir les allées reprirent possession d'un domaine désormais abandonné encore.
Le baron ayant supprimé tous les frais d'entretien, la végétation continua, avec un entrain superbe, l'œuvre interrompue par la courte apparition de Pauline.
Un mot d'ordre semblait avoir été transmis de buisson en buisson, d'arbre en arbre: déborder, pousser, enfouir les constructions sous les pariétaires; reprendre pied à pied les allées sur les envahissements de la serpe et du râteau.
Encore un printemps pareil et Bois-Peillot allait devenir une forêt vierge véritable.
Or, une année environ s'était écoulée depuis le drame présumé de l'Étang Maudit et les terreurs du baron commençaient à s'apaiser lorsqu'une après-midi, comme il était en train de se livrer à la confection de ses cartouches, Victorine vint lui apprendre une nouvelle, qui réveilla ses craintes.
Un capucin, le même qui, une année auparavant, était venu demander l'hospitalité au château, le même qui avait reçu avant son départ la confession de Pauline, venait de paraître à la grille du parc et on l'avait vu se diriger, sans rien demander à personne, vers le mausolée de la première baronne.
Le baron frémit. Celui-là aussi devait connaître son secret... Mais il était lié sans doute par le secret de la confession...
N'importe! il lui importait de savoir ce que venait faire ce moine à Bois-Peillot!
Il se leva, congédia Victorine et courut se poster derrière la baie vitrée de son salon.