—Moi? dit l'autre d'un ton de surprise. C'est une amère plaisanterie, je l'adorais!...
—Alors comment expliquez-vous cette fin, sa fin volontaire et prématurée... ce désespoir qui lui a fait préférer la mort à la vie qu'elle menait à Bois-Peillot?
—Les desseins de Dieu sont impénétrables, répliqua avec onction l'hypocrite Pottemain. Que dit l'Écriture: «Le Seigneur a donné! le Seigneur a ôté! que son saint nom soit béni!»
—Eh bien! faites-vous ermite, il est temps! dit Romagny en tournant le dos à son visiteur.
—Décidément, il n'y a rien à tirer de lui, pensa le baron en se retirant, mais je le crois sincère. Il ne sait rien... Inutile de le détromper et de lui faire part de ma découverte... Il n'a été que le complice inconscient de Pauline... Elle ne lui a rien confié de ses projets... Dans tous les cas, il était amoureux de ma femme... que ne l'a-t-il enlevée!... Cela aurait mieux valu que ce semblant de suicide. Au moins je l'aurais retrouvée!...
Désormais il n'avait plus d'espoir qu'en Charaintru, mais de celui-là il était sûr d'obtenir la vérité, si le bonheur voulait qu'il sût quelque chose...
Mais il n'y avait pas une minute à perdre. Une voiture le conduisit de l'atelier de Romagny au petit hôtel que le gommeux habitait aux Ternes.
Il arriva à temps; le vicomte faisait ses malles.
—Ah! mon cher Pottemain, s'écria Charaintru, que je suis heureux de vous voir! Demain vous ne m'auriez pas trouvé! Je pars dans le Midi recueillir une succession.
—Grand bien vous fasse! Mais ce soir vous m'appartenez et vous allez venir dîner avec moi.