Pendant toute l'après-midi, le Normand affecta de n'entretenir son ami que de banalités.
Il ne voulait pas laisser soupçonner au vicomte quel intérêt il avait à être renseigné.
De son côté, et quelqu'envie qu'eût l'incorrigible bavard de raconter sa singulière aventure, Charaintru garda un silence prudent.
Pendant le repas, Pottemain amena adroitement la conversation sur le drame de Bois-Peillot.
Il dépeignit avec tant d'émotion attendrie la douleur qu'il avait éprouvée à la suite de la mystérieuse disparition de Pauline que le vicomte, allumé du reste par les excellents crus que ne cessait de lui verser son amphitryon, ne put garder plus longtemps sa langue.
C'était là que l'attendait le Normand.
—Eh bien, mon cher ami, lui dit tout à coup Charaintru, il s'est produit une coïncidence singulière, qui m'a très fort troublé et dont je vais vous rendre juge... Dites-moi... Êtes-vous bien sûr que la baronne soit morte?...
—Dame! fit Pottemain en tressaillant, vous savez comme moi que, d'après les apparences, il n'y a pas lieu de douter.
—Eh bien, moi qui vous parle, j'ai rencontré un jour, place Saint-Sulpice, une femme qui ressemblait si étonnamment à la baronne que j'eusse donné ma main à couper que c'était elle!
—Allons donc! Vous l'avez accostée?