Il était neuf heures du soir.
A la gare de Paris-Lyon-Méditerranée, l'express allait partir. Dans un wagon de première classe, trois voyageurs du sexe masculin avaient déjà pris place.
Une quatrième personne, une dame, vêtue avec une simplicité de bon goût, jeune encore et de manières très aristocratiques, monta dans la même voiture, paraissant un peu désappointée de se trouver seule avec trois hommes.
Mais deux des trois visages la rassurèrent complètement.
L'un semblait un haut fonctionnaire à la coupe de ses favoris et à ce mélange de gourme et de courtoisie que donne la routine du pouvoir.
L'autre, déjà vieux, pouvait être un magistrat ou un gros industriel; une rosette rouge minuscule illustrait ses deux vêtements superposés.
Quant au troisième, il était si largement enveloppé malgré la saison, qu'il fallait renoncer à voir en lui autre chose qu'un malade forcé par le règlement des trains à voyager en première, coûte que coûte, et s'efforçant d'atteindre les eaux de Vichy avant de mourir.
Car son accoutrement et son allure de paysan n'indiquaient guère qu'il appartint à une haute caste de la société.
La casquette de loutre à oreilles enfoncée jusqu'aux sourcils, l'épais foulard rouge et jaune qui lui emprisonnait le bas du visage, ses gants tricotés, ses fortes guêtres bouclées, enfin sa large houppelande à petit collet, sorte de carrick comme en portent les postillons et les rouliers lui donnaient la tournure d'un marchand de bestiaux.
Silencieux, renversé, indéchiffrable, il ne semblait pas appelé à se mêler aucunement à la conversation, si toutefois elle s'engageait.