C'était signifier assez nettement que toute conversation l'ennuyait.
Or, un soir d'automne, et comme une pluie réglée avait un peu détendu la fibre de tout le monde, les enfants dégoûtés de leur damier, et pour conjurer l'heure du sommeil, toujours trop prompte à sonner, s'étaient logés sur les genoux paternels, demandant à cor et à cri une histoire.
Jacques transmit la supplique à Pauline; et Pauline, les yeux attachés à un dernier bouquet de roses, répéta d'un air distrait et rêveur:
—Une histoire?
—Une belle histoire de l'Inde! dirent les enfants.
—En fait d'histoire, reprit Pauline, je préférerais à toutes les miennes celle que pourraient nous raconter ces fleurs; on croirait, en cette saison surtout, que les dernières fleurs épanouies ont quelque chose à nous dire. Elles semblent regarder, attendre et chercher une voix pour nous jeter un adieu!
—Est-ce qu'il y a des fleurs qui parlent? demanda l'espiègle de huit ans qui était parvenu à enfourcher un des genoux de son père.
—Tu sais bien, répliqua sa petite sœur, qu'il y a des plantes à qui l'on fait mal en les touchant: ainsi les sensitives...
—Il y a aussi, dit le petit garçon, le baguenaudier qui craque comme un pistolet, quand on le presse dans la main.
—Il faut, dit la mère assoupie, demander à Mlle Pauline s'il n'y a pas aussi des fleurs qui parlent dans l'île de Ceylan.