Il était donc seul ou à peu près; dans tous les cas, il n'avait pas grand'chose à redouter.

Dans ces conditions, il se dirigea vers l'habitation de Darcy.

Il jouait le tout pour le tout, car s'il avait fait erreur en pensant que le second chasseur était Raymond Darcy, et qu'il le trouvât face à face dans la petite maison, il se plaçait dans l'impossibilité de parvenir de plein saut jusqu'à Pauline.

Mais dans cette hypothèse même, il avait un recours, menacer Darcy d'une dénonciation de rapt et d'enlèvement d'une femme mariée, dans une province où nul ne pouvait savoir encore que le baron Pottemain était lui-même prévenu d'assassinat.

Cependant la partie était fort dangereuse et le baron porta machinalement la main sur la crosse de son revolver, caché dans une poche de sa veste.

Au demeurant, il ne vit aucun homme et les vagissements d'un enfant vinrent seuls lui révéler la chambre où Pauline devait se trouver.

Il y entra comme dans un moulin, sans frapper et sans s'inquiéter de savoir dans quel état il trouverait la maîtresse de la maison.

Pauline sortant du lit, à peine vêtue et penchée sur le berceau du petit Maurice, à qui elle faisait boire une infusion, lui apparut soudainement.

A la vue de Pottemain, et sans que les changements survenus dans la physionomie et la tenue de son ennemi mortel lui laissassent une minute d'hésitation, Mme Darcy poussa un cri horrible et couvrit le berceau de son corps, précisément comme si, dans cette paisible chambrette, elle eût vu entrer en bondissant un jaguar ou un tigre...

Pottemain, l'œil étincelant, mais la face impassible, lui dit avec un terrible sourire: