—Eh bien, madame, la cause est entendue. Nos situations sont claires et nettes. Au surplus je ne viens pas ici en ennemi. J'ai poussé même la délicatesse jusqu'à choisir le moment où nous pourrions causer amicalement seul à seule... Je n'en ai que pour un quart d'heure... Est-ce trop? Un quart d'heure et pas une minute de plus... si vous le voulez, bien entendu!

Ce que disant, le baron tira de sa poche son revolver, ferma la porte à clef et s'assit en face de Pauline, plus morte que vive.

—Tout est bien qui finit bien! reprit-il. Et vous êtes une tragédienne de premier ordre! Ah! votre grande scène de la trépassée a été bien jouée et vous aviez pleinement réussi! Pourquoi faut-il que vous ne vous soyez pas souvenue de certains papiers confiés par vous à un père capucin, lorsque vous n'aviez pas encore découvert le fameux moyen de vous évader de Bois-Peillot? Oh! je suis bien informé! Bref, vous savez où sont ces papiers... Je viens, sans tambour ni trompette, vous demander poliment de les annuler par une simple déclaration signée: Pauline Marzet, baronne Pottemain. Vous n'aurez pas au surplus l'embarras de la rédaction. La chose est préparée... La voici... Copiez, datez, signez et je repars pour ne revenir jamais troubler votre second... ménage! Vous pourrez faire alors, et en toute sécurité, autant d'enfants qu'il vous plaira! Si vous refusez, voici un revolver... Il me servira à vous tuer et à brûler la cervelle de l'imprudent qui oserait me barrer le passage.

Marguerite Darcy écoutait Pottemain avec une attention d'autant plus âpre qu'elle n'imaginait pas le baron venu pour le seul plaisir de la torturer.

Il fallait qu'il eût un intérêt majeur pour envahir ainsi un domicile étranger, quels que fussent ses droits sur la femme qui y avait cherché un asile.

Elle calcula avec rapidité le nombre d'heures que Jacques et Raymond devaient encore rester à la chasse et tout courage faillit l'abandonner.

Ni dans une heure, ni dans deux, ils ne pouvaient être de retour!

Tout à coup une inspiration courageuse lui monta du cœur à la tête et, cessant de se tenir à demi couchée sur le berceau:

—Monsieur, dit-elle au baron, vous avez choisi le moment où vous me présumiez seule pour venir me menacer de mort, si je résistais à votre fantaisie. Je suis prête à mourir... mais aussi à me défendre... Mais avant de recourir à d'autres moyens, j'essaierai de raisonner avec vous... Qu'exigez-vous de moi? Une signature authentique qui à présent serait un faux, puisque je passe pour morte? Je ne puis raisonnablement y consentir... A tort ou à raison, il existe entre le décès légal de la baronne Pottemain et Marguerite Darcy... un abîme! Vous ne me chargerez pas, apparemment, de le combler! A supposer même que je sois Pauline Marzet, j'ai perdu le droit de parler, d'agir, de signer comme telle... D'autre part, les plaintes portées contre vous par Pauline et mises à néant par Marguerite, subsisteraient entières... La difficulté résolue n'est pas ici... Il aurait fallu que ces pièces eussent été retirées à temps des mains de l'intermédiaire... et il est trop tard, malheureusement pour moi, si, comme j'ai tout lieu de le croire, vous avez eu connaissance des plaintes dont il s'agit par l'entremise de quelque magistrat...

Ici Pottemain ne pût s'empêcher de tressaillir.