«En foi de quoi, librement et spontanément, j'ai signé la solennelle déclaration ci-dessus.»

Voilà tout, madame, et c'est au bout de ces quelques lignes, liquidant tout le passé entre nous que je requiers une dernière fois la signature de feu ma femme Pauline Marzet, baronne Pottemain!

—Mais si je la date, elle est nulle, puisque je suis réputée morte!

—Il ne m'est que trop facile de prouver que vous ne l'êtes pas!

—Sans doute, mais alors en signant, je crée une pièce attestant et prouvant ce que mon intérêt me commande de laisser dans l'oubli. Si je signe, il faut que je comparaisse, sous peine de faire attribuer ma déclaration à un faussaire... Personne ne croira, sans enquête, que je ne suis pas morte...

—Alors, s'écria Pottemain, il faut, moi, que je meure, parce que vous me refusez la vérité pour me sauver! Laissons, par supposition, marcher les choses... On m'allègue votre mort comme un crime de mon fait... On dit que je vous ai réduite, par désespoir, au suicide... Eh bien, je vous fais assigner comme témoin du contraire... Il vous faut, bon gré, mal gré, comparaître! Sous quel nom déposerez-vous? Pas sous le nom de Marguerite apparemment, puisque ce serait encore un faux! Je vous dis que j'ai songé à tout! Ce qui vous compromet le moins, ce qui ne vous compromet point, moi aidant, c'est un peu de complaisance pour ce baron Pottemain, qui vous a tout permis! Quand vous aurez sauvé sa tête, il sauvera la vôtre... Vous serez une femme séparée de fait, de mon consentement tacite, divorcée même si vous voulez... Et voilà tout!

—Oh! mon Dieu! murmura Pauline, en tombant à genoux, assistez-moi, inspirez-moi!

En ce moment, ils entendirent aboyer et un bruit de pas devint distinct.

Mais les pas traversèrent la cour, sans s'arrêter près de la maison du garde; ils semblaient se diriger vers le château.

La situation devenait critique et Pottemain sentit qu'il n'y avait plus une minute à perdre.