Il s'écoula un temps long, sans qu'il lui fût possible de coordonner les faits ni de les rattacher à une logique quelconque. Alors elle remonta le cours des trois années écoulées, cherchant dans les souvenirs plus anciens et dans les moindres, un indice, une origine, une cause à ce désastre impossible à prévoir.

Jamais Mme de Guermanton ne lui avait fait une observation pénible, jamais elle ne l'avait blâmée que dans cette forme délicate qui consiste à dire:

—Ne pensez-vous pas que... Ne trouvez-vous pas qu'il serait préférable...?

Questions auxquelles Pauline avait toujours répondu par:

—Il se pourrait... Vous avez certainement raison...

Le sujet des Contes orientaux était assurément ce dont Pauline se préoccupait le moins.

Elle sentait que ce n'était là qu'un prétexte; mais alors... elle avait péché d'une manière plus grave! Et laquelle?

Chemin faisant dans ce dédale, elle considéra tout à coup son propre portrait, une petite carte photographique suspendue dans un cadre de cinquante centimes, à côté d'un portrait de Mme de Guermanton, suspendu dans un cadre pareil.

C'était l'œuvre d'un artiste de passage, de ceux qui, dans les fêtes de village, vous bâclent une épreuve, avec ressemblance garantie, pour vingt sous.

Il y avait trois ans que ces photographies étaient faites. Pauline avait alors dix-huit ans.