Elle était maigre, toutes ses forces vives s'étant, jusque-là, concentrées dans son cerveau. Cet organe avait fait tort aux autres.

La jeune fille n'était encore faite pour inspirer, presque enfant, de jalousie à personne.

Il n'y avait point jusqu'à ses cheveux en bandeaux plats qui ne lui donnassent un peu l'air d'une pensionnaire.

Par contre Mme de Guermanton, déjà mère, était dans la plénitude de sa beauté; ses cheveux blonds formaient, autour de son visage aquilin, une auréole de boucles et de nattes, qui en corrigeaient la placide sécheresse en donnant un cadre gracieux à ses yeux arrondis.

Nulle comparaison à établir entre la jeune femme à son apogée et Pauline à l'aube des floraisons premières, et dans cette comparaison, si elle venait à l'esprit de quelqu'un, tout marquait que l'une était le centre et l'autre la satellite.

Mais il y avait trois ans de cela!

Soudain Pauline se releva; elle prit la bougie et vint s'accouder devant le miroir ovale de sa petite toilette en noyer.

Non! Elle n'était plus le petit magister en jupons chargé d'enseigner l'écriture à Berthe et à Georges!

En trois ans, la fleur s'était épanouie au soleil d'une vie large, au grand air et dans cette liberté relative que procurent l'aisance et les soins prévenants.

Le deuil perpétuel de Pauline s'était tempéré; les caprices de la mode en avaient fait une parure et, tandis que ses cheveux d'un noir d'encre avaient pris le tour onduleux des statues de Coustou, ses lèvres framboisées accompagnaient d'une touche vive l'éclat de ses prunelles ardentes.